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Comment faire aimer le cinéma aux enfants ?

Mis à jour le 30/09/2025
Ciné-goûters, ciné-doudou, ateliers ou séances spéciales famille… Qui n’emmène pas sa petite tribu au ciné n’est pas Lyonnais, hé ! Mais comment initier ses enfants au plaisir des aventures vécues dans les salles obscures ? Comment en faire des cinéphiles avertis ? Grains de Sel est allé à la rencontre des cinémas pour raconter aux parents tout ce que la ville du 7e art a à offrir aux petits. Silence… ça tourne !

E.T., Chaplin, Maléfique et autres sorcières Disney, Indiana Jones, Dark Vador… Tous ces héros ou anti-héros ont bercé nos tendres années. Nombreux sont les adultes d’aujourd’hui à avoir vécu leurs plus belles émotions et leurs plus grands chocs esthétiques dans une salle obscure. On s’est identifié aux personnages, on a ri, tremblé de peur, on s’est posé pas mal de questions sur le film, et sur la vie en général après.

Sans oublier la joie de grignoter pop-corn et autres friandises, lové dans un grand fauteuil. Ces souvenirs nous hantent encore bien des années plus tard. Quand vient son tour d’être parent, il est naturel de vouloir transmettre le plaisir de regarder des films à ses enfants. Mais on ne sait pas toujours comment s’y prendre…

Comment faire aimer le cinéma aux enfants ? À quel âge leur montrer un long-métrage à la maison ? Quand les emmener au cinéma ? Comment savoir s’ils sont prêts ? En faire des cinéphiles, aptes à faire les « bons » choix lorsqu’ils iront se faire une toile entre copains ? On se retrouve parfois démuni.

Clap de début

« Il faut bien sûr vérifier l’âge minimum conseillé par les distributeurs, tout en gardant à l’esprit que chaque enfant réagit d’une façon différente, selon son caractère, ses centres d’intérêt et son histoire personnelle », souligne Pauline Blocquel, psychologue spécialiste de l’enfance à Tassin-la-Demi-Lune.

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Les premières séances peuvent avoir lieu à la maison, un cadre sécurisant où l’enfant a ses repères. Bien sûr, on évite les écrans avant ses trois ans, d’autant que sa concentration dépasse rarement quinze minutes. Dès 4 ans, on peut choisir un dessin animé en fonction de ses goûts. L’avantage d’un DVD ou du replay étant que l’on peut appuyer sur « stop » à tout moment.

Rien ne saurait, cependant, remplacer l’ambiance d’une salle de ciné. « Cinq ou six ans me paraît être le bon âge pour y aller, estime Pauline Blocquel, le passage en école élémentaire coïncidant avec cette première sortie de grand. »

Mais comment transmettre le plaisir de se réfugier dans une salle avec d’autres spectateurs ? Il faut d’abord choisir le bon film. Pour ça, rien ne vaut le conseil d’une professionnelle. Coline David, en charge du jeune public depuis dix-neuf ans au Comœdia (Lyon 7e), visionne une quinzaine de films par semaine et se fait un devoir d’orienter les parents.

Ce cinéma indépendant d’art et d’essai diffuse une grande variété de dessins animés : pâte à modeler, marionnettes, papier découpé comme dans Le Secret des Mésanges, actuellement à l’affiche… « Pour les tout-petits, je conseille des courts-métrages comme La Princesse et le rossignol à l’affiche à partir du 15 octobre 2025 : des histoires courtes qui permettent à l’enfant de raccrocher lorsqu’il a perdu le fil. »

Les à-côté de la séance ciné

Le cinéma Le Zola mise lui aussi sur la courte durée pour sa séance mensuelle « Ciné-doudou » . Trois films d’animation thématiques à voir dès 3 ans, introduits par Zozo le doudou du Zola, clos par un apéro-sirop et où les doudous sont les bienvenus. Le pop-corn, le restaurant en famille ou le verre de grenadine après la séance… Les à-côtés comptent presque autant que le film.

Pour les cinéphiles en herbe, la plupart des cinémas de la métropole lyonnaise ont concocté des formats spéciaux, à l’image de l’Aquarium-Café (Lyon 4e), avec sa séance jeune public le dimanche. Ou encore du Comoedia avec au moins deux rendez-vous par mois, dont un « ciné-goûter » le mercredi où la projection est suivie d’un atelier en échos au film puis d’un goûter bio. Mais aussi des séances déguisées, des quizz et bientôt une exposition autour du film Le Secret des Mésanges.

Impossible de ne pas évoquer le Cinématokid de l’Institut Lumière (Lyon 8e). La programmation pour enfants offre deux rendez-vous par semaine, le dimanche pour les tout-petits et le mercredi pour les plus grands, dans un lieu historique : le Hangar du Premier-Film. Pour les petits, il s’agit de proposer une première expérience tout en douceur, avec une sélection de courts métrages du monde entier, suivie d’un bar à fruits bio. Le mercredi et pendant les vacances, les petits spectateurs gagnent même une activité manuelle en échos avec le film.

Plus au nord de Lyon, le Cié-Rillieux de Rillieux-la-Pape propose lui aussi chaque mois « Ma petite séance ». Un rendez-vous ciné pour les petits de 2 à 5 ans suivi d’un atelier. Les plus grands ne sont pas en reste avec « Ma grande séance », dès 6 ans, suivie d’une animation. Quel que soit leur âge, les enfants ne vivent pas la même expérience que nous, spectateurs aguerris.

Une salle, plusieurs ambiances

« Le cinéma, c’est grand ; il fait noir, le son est fort… Tous ces éléments peuvent être impressionnants pour un tout-petit », souligne Pauline Blocquel. Mieux vaut donc lui expliquer en amont comment cela va se passer. Pendant la séance, il faut observer les réactions de l’enfant et ne pas hésiter à sortir si on le voit s’enfoncer dans le fauteuil, se cacher les yeux, montrer des signes de malaise. Ou au moins lui suggérer une pause.

« C’est pourquoi il vaut mieux arriver alors que les lumières sont encore allumées. Cela permet de repérer avec lui les issues de secours, les toilettes… et de le rassurer. » Car si les risques sont limités lorsque le film est adapté à l’âge de l’enfant, il reste difficile d’anticiper ses réactions.

Outre le contexte de la salle, certains personnages ou certaines situations peuvent être sources d’angoisse. À chaque Disney son méchant… plus ou moins traumatisant. « Le rôle des méchants est d’aider l’enfant à se confronter à ses peurs et à les surpasser, mais ils peuvent aussi engendrer quelques cauchemars par la suite, indique Pauline Blocquel. Mieux vaut les garder pour plus tard, quand l’enfant est sorti de la période de cauchemars, en général après cinq ans. »

Cela dit, même si une scène ne compte pas de méchant, elle peut marquer les jeunes spectateurs. Comme la mort des parents d’Elsa et Anna dans La Reine des neiges, évoquée par le naufrage du bateau et la musique triste. « Ils sont où les parents ? Pourquoi elles pleurent ? », autant de questions qui peuvent tourner dans la tête de l’enfant, même si chacun réagit différemment.

Réalité et fiction

Une séquence montrant un personnage qui se prend une tarte à la crème peut laisser certains jeunes spectateurs de marbre et en frapper d’autres… de plein fouet. Pendant et après la séance, il faut donc rester à l’écoute et s’attendre à des questionnements. « Entre trois et six ans, les enfants ne sont pas toujours capables de différencier la réalité de la fiction et encore moins de comprendre le second degré. Or, si les films adaptés sont épargnés, il y a beaucoup de second degré dans certains dessins animés », remarque Pauline Blocquel.

Quand Coyotte tombe de la falaise en poursuivant Bip-bip, se fait-il très mal ? Et le loup qui atterrit dans la marmite des trois petits cochons, se brûle-t-il ? L’enfant peut être marqué, voire choqué, par certaines scènes incompréhensibles pour lui. « Au début, mieux vaut privilégier les graphismes simples et les situations rappelant le quotidien, comme dans les dessins animés Peppa Pig ou Tchoupi, où le débit de paroles n’est pas très élevé, et sans effets spéciaux », recommande Pauline Blocquel.

L’autre risque, c’est une identification trop forte aux personnages. « Avant de lui montrer Spiderman, il faudra bien expliquer qu’on ne peut pas voler, sauter d’immeuble en immeuble… car il sera tentant pour lui d’essayer de faire comme son héros. Même chose avec les “méchants”, qui fascinent aussi car ils font des choses interdites. »

Débriefer avec l’enfant

Le rôle des parents sera donc de répondre aux questions de l’enfant à l’issue de la séance, car le film continue de vivre en lui après le générique de fin. On débriefe au calme, autour d’un repas ou d’un goûter, on discute de ce qui l’a marqué, que ce soit sur le plan esthétique ou au niveau de l’histoire. Si l’enfant revient plusieurs fois sur une scène, c’est que quelque chose l’interroge.

« On peut alors compléter avec des livres pédagogiques autour du sujet du film, ou même des jeux », conseille Pauline Blocquel. S’il refuse de dormir ou s’il fait des cauchemars après, cela peut être le signe que le film a (r)éveillé des angoisses plus profondes. Un accompagnement par un psychologue, par exemple, sera alors le bienvenu. Le cinéma peut d’ailleurs être l’occasion de discuter de sujets rarement abordés au quotidien, comme les émotions.

Pas les grandes émotions, comme les grosses colères ou la joie intense, mais ces toutes petites émotions, personnifiées dans le film Vice-Versa. « Ce film montre qu’il y a tout un monde à l’intérieur de chacun de nous, des sentiments, parfois contradictoires, qui se mêlent et expliquent nos comportements, note Pauline Blocquel. Lorsqu’on échange sur ce que l’enfant ressent au quotidien, les choses s’apaisent souvent d’elles-mêmes. »

Ceux qui ont du mal à dialoguer avec leurs enfants peuvent s’appuyer sur des livres comme 100 grands films pour les petits, de Lydia et Nicolas Boukhrief (Gründ, Arte Éditions). Du Voyage dans la Lune à La Tortue rouge, en passant par les incontournables Fantasia ou E.T. l’extra-terrestre, les auteurs passionnés de 7e art offrent un vaste panorama de ce que les enfants peuvent voir de meilleur et proposent des lectures complémentaires, d’autres films qui entrent en résonance…

Des ateliers pour faire ses débuts dans le 7e art

Les salles elles-mêmes sont conscientes que l’après-séance est primordial. Pour son ciné-goûter suivi d’un atelier, le Comœdia travaille avec le distributeur du film en question « afin d’accompagner le public au moyen de jeux et de documents pédagogiques  », explique Coline David.

C’est aussi le cheval de bataille du « Ciné-animé » à la Maison pour tous, salle des Rancy (Lyon 3e). Après la projection, enfants et parents sont invités à faire part de leurs émotions et à développer leur esprit critique, lors d’un échange animé par Nicolas Schiavi.

Passer derrière la caméra est aussi un bon moyen de s’approprier le 7e art ou de vivre sa passion pour le cinéma. L’offre est d’ailleurs riche à Lyon. La compagnie lyonnaise Sous le Ciel par exemple, qui oriente une partie de son travail autour du cinéma artisanal, propose de temps en temps aux enfants des ateliers ou stage de conception / réalisation de petits films sur table lumineuse. Une activité à cheval entre la marionnette, le cinéma d’animation, la musique et l’atelier créatif.

En la matière, l’Aquarium ciné-café est prolixe avec des ateliers hebdomadaires à l’année et des stages à chaque vacances scolaires dès 8 ans. Le but pour cette association de promotion et de vulgarisation du 7e art : enseigner à manier les outils techniques, faire découvrir les métiers du cinéma, donner accès à une culture vaste et diversifiée et permettre de créer collectivement.

Lors des ateliers, les enfants encadrés par un intervenant professionnel du monde du cinéma découvrent de petits trucages, les effets spéciaux sur « fond vert », réalisent des courts-métrages, visionnent des extraits de films et s’initient à l’écriture, à la réalisation et au maniement des outils du cinéma… Les stages eux permettent de se lancer dans un projet de réalisation d’un court-métrage, permettant aux participants de s’essayer à l’écriture de scénario, au découpage technique, au tournage, au montage et au mixage son…

L’institut Lumière propose lui, des ateliers Découverte consacrés à la période qui a précédé l’invention du cinéma ou encore aux musiques de films. Autant de preuves que les salles obscures sont un formidable lieu d’apprentissage de la vie.

Infos pratiques

Ciné-goûter au Comœdia. Tarif enfant : 1 place de cinéma à 5,50€ + 4,50€ l’atelier. Sur réservation : 04 26 99 45 00 / [email protected]. Le Comœdia, 13 avenue Berthelot, Lyon 7e. Toute la programmation du « Comœdia des enfants » : cinema-comoedia.com/comoedia-des-enfants
 Cinématokid, les dimanches à 10h30 pour les petits, les mercredi à 14h30 pour les plus grands. Tarifs : 5€ enfants et abonnés / 6€ adultes. Groupes : 4€ par enfant. Gratuit pour les accompagnateurs. Réservations nécessaire au 04 78 78 18 92 ou [email protected]. Institut Lumière, 25 rue du Premier-Film, Lyon 8e. Toute la programmation du Cinématokid : institut-lumiere.org/programme-cinematokid

Ma petite séance, de 2 à 5 ans. Ma grande séance, dès 6 ans.  Ciné-Rillieux, Rillieux-la-Pape . Tout le programmedes séances jeune public : cine-rillieux.fr/FR/75/special-jeune-public
Ateliers et stages cinéma à l’Aquarium, le mercredi de 14h30 à 16h30 pour les 8-11 ans et le lundi de 17h30 à 19h30 pour les 12-15 ans (affiché COMPLET sur le site). À partir de 315 € l’année. Stages : lors des petites vacances, première semaine pour les 8-11 ans et seconde semaine pour les 12-15 ans (5 stages pendant les grandes vacances), de 9h à 16h. À partir de  210 € la semaine. Aquarium ciné-café, 10 rue Dumont Lyon 4e. Plus d’info sur aquarium-cine-cafe.fr

Par Gaëlle Guitard

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© Susie Waroude

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