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Yanis Jendoubi, éducateur au club ARCOL Rugby : « Je ne vois pas de différence entre les filles et les garçons en terme de jeu»

Publié le 07/07/2025
Alors que la Coupe du Monde féminine de rugby débutera en Angleterre fin août, en région lyonnaise, de nombreux clubs tentent d’ouvrir aux filles ce sport à l’image virile. Et notamment à Écully, où l’ARCOL ouvre dès la saison prochaine une section féminine au sein de son école de rugby, avec des entraînements 100% féminins accessibles de 3 à 14 ans.

Parmi les 29 meilleures écoles de rugby françaises, l’ARCOL Rugby fait partie des rares clubs labellisés trois étoiles par la Fédération française de rugby (FFR). Ce niveau – le plus haut qui existe – distingue la qualité de la formation et instaure un quota de vingt filles minimum par club. Descendu cette saison à neuf joueuses, le club a réagi en lançant son « Projet 2025-2029 ». Le but : démocratiser le rugby auprès des filles et mieux les accueillir. Éducateur sportif à l’ARCOL, Yannis Jendoubi en est le responsable.

Qu’est-ce qui vous a poussé à initier ce projet ?

« Il découle d’un double constat. On a sondé les parents des inscrites pour percevoir leur ressenti sur le rugby féminin et sur les façons de l’encourager et beaucoup préconisaient des entraînements 100% féminins – il faut savoir qu’en club, le rugby est mixte de 3 à 14 ans. On a ensuite sondé les joueuses qui ont pointé aussi un encadrement qui ne correspondait pas à leurs attentes. J’ai donc lancé ce projet d’école féminine de rugby. On a mis en place des entraînements non mixtes pour les filles et on forme nos éducateurs à la prise en charge du public féminin.

En quoi consistent ces formations et qui les construit ?

Les éducateurs sont formés par des conseillers techniques de la FFR pour assurer aux joueurs·euses un encadrement de qualité et transmettre les valeurs du rugby. En plus de ça, on a des formations à l’échelle du club assurées par des éducateurs qui ont soit un diplôme ou un brevet d’état délivré par la FFR, soit un brevet fédéral. Elles abordent des points plus spécifiques sur les contenus d’entraînements, comme la prise en charge du public féminin. Cet enjeu-là est plus ou moins abordé selon la sensibilité du formateur.

Moi, la conseillère technique qui assurait ma formation nous y a sensibilisé et aujourd’hui, je forme mes collègues éducateurs. On s’inspire de ce qui se fait dans d’autres sports pour mettre les filles en confiance. On aborde aussi les caractéristiques du public féminin, les stéréotypes liés à l’activité de combat, puis on crée des exercices adaptés à leurs besoins.

Pourquoi des entraînements en non-mixité ?

Le problème en mixité, c’est que parfois les garçons ne font pas attention où ne font pas la passe aux filles. Nous éducateurs, on doit gérer ces problématiques, mais ça prend du temps. En attendant, elles ont besoin de se retrouver entre filles pour pouvoir s’exprimer. Quand elles jouent en non mixité, je ne vois pas de différence entre elles et les garçons en terme de jeu. À cet âge là, ils ont à peu près la même force physique. Autour de 11-12 ans, les filles, qui sont en avance dans la puberté, sont même parfois plus fortes. Ça s’équilibre vers 13-14 ans. Au-delà, il y a trop de différences physiques pour jouer en mixité.

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Comment accompagnez-vous les filles dans la pratique du rugby ?

On y va de manière progressive : on peut proposer du rugby touché au lieu du plaqué, des jeux de lutte au sol puis debout pour apprendre à ne pas avoir peur du contact… L’année prochaine, on instaure un système de marrainage pour les filles qui pourront être accompagnées d’une senior pour les épauler lors les matchs à domicile. On intervient aussi dans des écoles ou des centres sociaux : lors de ces séances, on commence par briser les stéréotypes des enfants sur ce sport. Il y a un temps d’échange où chacun·e dit ce qui lui fait peur, comme par exemple le plaquage. À partir de là, on peut expliquer les choses et déconstruire les a priori.

La FFR veut aussi lutter contre les stéréotypes qui font que les filles ne viennent pas naturellement faire du rugby car on leur a dit que ce n’est pas pour elles. Ça passe notamment par le fait de développer des modèles féminins, comme Chloé Jacquet qui joue au LOU Rugby à Lyon et qui a fait les J.O. On propose aussi d’aller voir des matchs de joueuses pro du LOU Rugby et cet été, on accueille les familles pour regarder ensemble le Coupe du monde féminine.

Quels sont ces stéréotypes qui persistent ?

Beaucoup de personnes pensent encore que le rugby féminin va moins vite, que les femmes ne peuvent pas être référentes dans les clubs… Des sondages nationaux montrent aussi que les parents sont souvent plus frileux à inscrire leur fille que leur garçon, et qu’un père à plus de problème à inscrire sa fille au rugby qu’une mère. Parce que c’est un sport de combat, on pense que le rugby est dangereux ou réservé aux garçons. On va alors communiquer avec les parents pour les rassurer, leur expliquer comment ça se passe. Ce qui fait peur dans le rugby, ce sont les placages à hauteur d’épaule qu’on voit à la télé. Mais chez les jeunes, ils se font en-dessous du bassin, donc on réduit presque totalement les risques.

Pourquoi avez-vous souhaité vous investir dans ce projet ?

À la base, je suis enseignant d’EPS, or la mixité et l’égalité sont un sujet dès le collège. Mes valeurs, c’est que chacun et chacune puisse s’épanouir dans le sport. S’il n’y a pas de bienveillance entre les joueurs·euses, si les entraînements deviennent un lieu de discrimination, on ne prend pas de plaisir et ça peut même impacter la santé mentale. Le sport est un moyen d’éducation et on se sert du rugby pour construire des citoyens sensibles, plus que des sportifs de haut niveau. »

ARCOL Rugby, 5 rue Jean Rigaud, Écully. Inscription ouverte pour la saison 2025-2026. Tarif : 250€ l’année. Tél. 04 78 33 62 50. arcolrugby.ffr.fr

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