Vous avez créé M.A.I.S.O.N en 2019. Qu’est-ce qui à l’époque vous a donné envie de parler de la famille?
Au départ, la Cie SCOM s’est axée sur des écritures de cirque contemporain pour la jeunesse. J’aime bien me mettre à la place de l’enfant pour m’interroger sur le monde qui l’entoure. J’ai fait un premier spectacle qui portait sur la question du corps et qui s’adressait aux tout-petits à partir de 3 ans. Un âge où l’enfant se regarde lui. Alors après, j’ai voulu créer un spectacle pour les plus grands, de 5 ou 6 ans. Car à cet âge-là, l’enfant se questionne sur les autres, autour de lui : il regarde sa famille nucléaire qui peut être adoptive, monoparentale, d’accueil… Je voulais interroger la famille au sens large pour montrer qu’il n’y a pas de bonne ou de mauvaise manière de faire famille. La famille est-elle seulement, comme on la présente trop souvent au jeune enfant, un papa, une maman et un enfant? On sait bien que c’est plus large que cela; pour autant c’est rarement évoqué, notamment dans les livres jeunesse.
Pour explorer cette diversité, vous mêlez vos souvenirs personnels et des témoignages d’autres familles. Comment avez-vous procédé?
Je me suis appuyée sur mes souvenirs d’enfant et de parent. Mais mon schéma familial n’est pas celui de tout le monde. Alors, à l’image d’une étude un peu ethnographique, je suis allée dans des familles que je ne connaissais pas forcément, avec un dictaphone. J’avais aussi un questionnaire, mais la plupart du temps, j’étais juste là et la plus discrète possible. J’ai aussi travaillé avec les enfants d’une classe qui se sont interviewés mutuellement sur cette question de “qu’est-ce qui fait famille”. Mais l’audio ne montre pas tout: je trouvais dommage par exemple qu’on ne voit pas qu’une famille comprenait en fait huit enfants ou qu’une autre était composée d’une maman solo et de son enfant. La vidéo s’est ainsi imposée, car elle aide à se projeter et à voir comme c’est différent chez les uns et les autres.

Comment faites-vous cohabiter l’acrobatie, la vidéo et le son sur scène?
La vidéo est un personnage à part entière, en dialogue avec l’acrobate et le musicien. Il y a aussi ce palimpseste sonore constitué des enregistrements réalisés au sein des familles et qu’on rejoue sur scène. En parallèle, on passe du regard de parent au regard d’enfant : je vais à la fois raconter mes vacances avec ma mère quand j’avais 6 ans, comme si c’était hier, et être dans le rôle de la parente pressée par le temps. Mais il n’est pas question d’incarner un enfant; on est plutôt dans une espèce de docu-fiction où l’on passe par plusieurs familles à différentes étapes de la journée, qui sont des moments importants pour un enfant de 5 ans: le petit déjeuner, le départ à l’école, le bain… La chorégraphie, elle, met le spectateur dans une certaine atmosphère, en lui faisant passer une émotion, comme dans ce premier passage à la corde, très doux, qui évoque le réveil de l’enfant.
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C’est important la douceur quand on évoque la famille?
On m’a souvent reproché de ne pas montrer des moments difficiles de la famille, avec des enfants qui traverseraient des histoires terribles. Mais on rappelle tous les jours aux enfants que le monde va mal ! Alors on peut aussi avoir un peu d’optimisme et se dire que, même si ça ne va pas bien chez soi, cette famille, on peut se la recréer. Avec M.A.I.S.O.N, il y a vraiment l’ambition d’offrir un doudou, un petit moment où l’on se fait du bien.
En écho à M.A.I.S.O.N, vous proposez un podcast en libre écoute dans le hall de La Mouche. De quoi s’agit-il?
Comme pour créer M.A.I.S.O.N, je vais me rendre dans des familles, à Saint-Genis-Laval. Là encore, mon plus grand rôle sera de rester à ne rien faire. Quand je reste dans une famille de 6 à 9 heures du matin, il se passe des choses bien plus importantes que tout ce qu’elle pourrait me dire. Pour ce podcast, l’enjeu est à nouveau d’enregistrer ces moments puis de les mettre en valeur à travers le montage pour montrer la diversité et la joie que peut être la famille. Même si les familles rencontrées se reconnaîtront à l’écoute du podcast, l’idée est qu’il véhicule une parole universelle. J’invite les parents et les enfants à l’écouter puis à discuter ensemble de leur famille. Comme dans mes spectacles, j’essaie de mettre un pied dans la porte et d’ouvrir un dialogue.
Quelle serait votre définition de la famille?
Je dirais que la famille est celle que l’on se crée: ce n’est pas forcément la famille qu’on a à la base, mais celle qu’on se choisit. C’est cet endroit où l’on se sent en sécurité et aimé pour ce que l’on est. Cela ne veut pas dire qu’on n’a pas besoin de travailler son rapport à l’autre, mais que, peu importe qui on devient, on sera toujours aimé. La famille, c’est un amour inconditionnel.
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M.A.I.S.O.N, le 16 décembre 2025 à 19h30 à La Mouche, 8 rue des Ecoles, Saint-Genis-Laval. Dès 6 ans. Durée: 45 min. Tarifs: de 7 à 10€. Tél. 04 78 86 82 28. la-mouche.fr
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