Juchés sur des bouts de banquise, des êtres dérivent. D’eux, on ne perçoit que la voix, semblant sortie de nulle part. Leur conversation naïve parle d’une terre lointaine à rejoindre, de tout et de rien, d’untel qu’on n’entend plus… Mais jamais de la gravité de leur situation, aussi délicate que la glace qui s’affine sous leurs pieds…
Du livre Fondre de Guillaume Poix, la Cie Infini Dehors tire une pièce épurée pour raconter, à hauteur d’enfant, « l’histoire d’un exil au temps du dérèglement climatique, celle de la dérive des humains. » Comme pour chacune de leurs créations, les comédiennes Chloé Schmutz et Natacha Dubois ont confronté un texte contemporain à des jeunes lors d’une résidence, ici des classes de CM2 et de 6e en Isère.
Théâtre de papier pour dissonance cognitive
Pour figurer la distance des voix du texte original, elles ont choisi la marionnette : sur scène, nul personnage, mais douze bouches de papier en origami, auxquelles elles donnent parole, et autour desquelles elles déploient un petit théâtre de papier déroulant l’univers de la banquise : ours, baleine… Le tout mis en musique par un musicien en barque sur le plateau, dont la guitare et les comptines pour enfants s’accompagnent du chant des baleines et des craquements de la glace.

« On voulait construire un paysage qui est une métaphore de notre avenir, où l’on a l’impression qu’on n’a de prise sur rien, comme ces personnages à la dérive, commente Natacha Dubois. Le texte est très beckettien : l’échange entre les voix est très concret et en même temps, leur conversation est déconnectée de la situation.
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Elles sont dans un hyperprésent, une sorte d’aveuglement qui leur permet de tenir. Ce décalage entre ce qui leur arrive et la façon dont elles le vivent crée aussi de l’humour et nous met face à la façon dont on continue à fonctionner dans ce monde, comme si tout allait bien. »
La possibilité d’une autre fin
Avec cette création 2026, la Cie Infini Dehors propose alors une alternative à l’aveuglement et à la tétanie et invite les enfants à prendre du recul pour trouver, ensemble, un moyen de regarder demain avec sérénité pour agir. « C’est un sujet qui me travaille au quotidien, quant à l’avenir de mon propre enfant et de ceux à qui on s’adresse, ajoute Natacha. Cela a influencé mon besoin de trouver une fin ouverte, car ils sont l’avenir : on est obligé de leur dire qu’une autre fin est possible. »
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Fondre, le samedi 25 avril 2026, à 15h et 19h. Dès 10 ans. Durée : 50 min. Tarifs : de 5 à 15 €. Théâtre Le Ciel, 22 rue du Commandant Pégout, Lyon 8e. [email protected]. www.theatreleciel.eu
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