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Myriam, clowne pour docteur CLOWN : « Si on ne rit plus, il me semble que c’est la fin de toute chose »

Publié le 22/06/2026
Créée à Lyon en 1995, l’association docteur CLOWN fête ses 30 ans. Chaque année, 21 clowns hospitaliers interviennent dans 45 services pédiatriques auprès de plus de 15 000 enfants hospitalisés. De véritables accompagnateurs de soin, qui par le rire soulagent et redonnent un peu de courage aux familles. Myriam Masson-Portigliatti, clowne hospitalière depuis 2007 aux côtés de docteur CLOWN, nous raconte les coulisses de son métier.

En quoi consiste le métier de clown hospitalier ?

Notre rôle, c’est de rappeler que la vie n’est pas que souffrance, qu’on peut faire des pirouettes, de la musique… Toujours en duo, on accompagne les enfants dès la néonatalité et on va un peu partout, de la réanimation à la cancérologie. Avant d’intervenir, on a des « relèves » par les équipes de soins qui nous transmettent ce qu’il nous faut savoir sur l’état des enfants ; depuis combien de temps ils sont là, s’ils ont été opérés, s’il y a un contexte social particulier…

Au-delà de l’animation, nous sommes « accompagnateurs de soins ». Il y en a de difficiles que les enfants n’acceptent qu’avec nous. Par exemple, j’interviens dans un service où l’on fait des toxines botuliques avec des enfants atteints de maladies neuromusculaires : ils reçoivent des injections pour éviter que leurs muscles ne s’atrophient. Long et douloureux, ce soin leur provoque des anxiétés énormes. Alors on entre avec les soignants dans la chambre et on chante, on rit…

Des fois, il faut s’y prendre à plusieurs reprises, tester différentes techniques de jeu, plus indirectes si l’enfant a besoin d’être approché en douceur. Une fois qu’on a son consentement, la rencontre peut être vraiment magique !

Intermittents du spectacle, vous êtes de vrais professionnels formés à ce métier…

Docteur CLOWN fait partie de la Fédération Française des Clowns Hospitaliers (FFCH). On a donc des formations continues pour travailler le clown – notre principal médium d’interaction avec les patients -, mais aussi le côté hospitalier, car on va dans beaucoup de services où il y a énormément de choses à connaître.

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On peut avoir des formations sur des maladies, des neuroatypies, des actes chirurgicaux… D’autres sur des appareillages qu’on a intérêt à connaître, comme ces machines qui remplacent les artères dans la circulation sanguine : l’enfant ne peut alors pas bouger. Cet équilibre entre l’art du clown et la connaissance du monde hospitalier nous permet d’intervenir de la manière la plus ajustée possible.

Comment Katarina, votre clown, vous accompagne-t-elle lors des interventions ?

On dit du nez du clown que c’est le plus petit masque du monde : c’est un filtre qui permet d’accéder à des façons d’être où l’on est toujours dans la joie, où même les choses difficiles sont accueillies et transformées. Beaucoup de gens nous disent : « ça doit être dur ». En fait, c’est la vie à l’état pure. Et la plupart du temps, c’est joyeux. On a le privilège de transformer en direct des choses difficiles en quelque chose qui fait sens.

Lire aussi sur Grains de Sel : Sur un fil, un hommage vibrant aux clowns d’hôpitaux

Il vous arrive pourtant de faire face à des histoires tragiques… Comment les vivez-vous ?

On est forcément touchés… Selon les services, on sait très bien où on met les pieds. On reçoit l’information, mais une fois en clown, on voit en face de nous des enfants et non des patients condamnés. Et puis, nous bénéficions de supervisions régulières au sein de docteur CLOWN pour pouvoir déposer des choses difficiles qui resteraient accrochées. Une psychologue nous aide à défocaliser, à analyser ce qui nous appartient ou pas…

Pourquoi continuer à rire est-il si important ?

C’est la seule manière d’allumer une lumière quand tout est noir autour. Si on ne rit plus, il me semble que c’est la fin de toute chose… J’ai en tête cette citation : « Le rire c’est comme les essuie-glaces : ça n’empêche pas la pluie de tomber, mais ça aide à avancer ».

Pour les parents aussi. Lors d’une de mes interventions, la maman s’était endormie et je ne savais pas si c’était bon ou mauvais signe. Mais les soignantes nous ont dit : « C’est génial ; cette maman est hyper anxieuse, elle ne se repose jamais. » Elle avait eu tellement confiance qu’elle s’était autorisée à dormir. Au bout de 19 ans de clown, je ne présume pas de ce qu’on apporte ou pas. Tellement de fois, j’ai pensé : « Ca n’a servi à rien d’être entrée dans cette chambre », et puis, au débrief, on nous a dit : « C’était super, il a bu son eau ! »

Quel est votre meilleur souvenir au sein de docteur CLOWN ?

Un jour, j’avais trop de doutes. Je me disais « A quoi ça sert », j’allais raccrocher. Et puis je suis allée voir une petite fille plongée en coma artificiel suite à un accident. Le pronostic de survie était de 50/50. On a chanté un long moment, on a fait ce qu’on pouvait… On s’est demandé à quoi ça avait servi.

Quelques semaines plus tard, la maman nous apprenait que sa fille était sortie du coma. Elle nous a dit : « Vous avez compté en nous rappelant que ça vaut le coup de se battre pour recommencer à rire. » Quand il y a 50 % de chance de survie, chaque goutte qu’on verse d’un côté ou de l’autre fait la différence. Maintenant quand je doute, je me dis : « Notre fonction, c’est de mettre des gouttes ».

Docteur Clown
Docteur Clown intervient dès la néonatalité © DR

En savoir plus sur docteur CLOWN : docteurclown.org

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Myriam (à gauche) et son duo en intervention à l'hôpital © docteur CLOWN

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