C’est l’évé­ne­ment de l’hi­ver : la rétros­pec­tive consa­crée à Henri Matisse par le musée des Beaux-Arts de Lyon, met en lumière l’im­por­tance de ses dessins. Rencontre avec Sylvie Ramond, la direc­trice du musée, qui a obtenu des prêts excep­tion­nels pour l’oc­ca­sion. Propos recueillis par Blan­dine Dauvi­laire.

 

En quoi cette expo­si­tion est-elle diffé­rente de celles qui ont déjà été consa­crées à Matisse ?

Elle nous fait entrer dans l’in­ti­mité de l’ate­lier et du proces­sus de créa­tion de l’ar­tiste. Le dessin est au cœur de l’ex­po­si­tion. Nous montrons comment Matisse passe du noir et blanc à la couleur et à la troi­sième dimen­sion. Nous présen­tons 250 réali­sa­tions, dont une majo­rité d’œuvres d’art graphique mises en regard avec une tren­taine de pein­tures et une quin­zaine de sculp­tures.

 

Comment avez-vous procédé pour réunir ces œuvres excep­tion­nelles, dont certaines appar­tiennent à la famille ?

Nous avons d’abord réuni les prêts auxquels nous tenions abso­lu­ment. Le Centre Pompi­dou à Paris nous a accordé des prêts très impor­tants. Les musées améri­cains ont aussi répondu à nos demandes car ils connaissent la qualité de nos expo­si­tions. Et la famille de Matisse a accueilli très géné­reu­se­ment le projet en accep­tant d’ou­vrir ses cartons, ce qui nous permet de présen­ter quelques dessins inédits. Chaque section recèle des œuvres extra­or­di­naires.

 

Avez-vous trouvé des trésors ?

Nous avons réussi à réunir autour de certaines pein­tures des sortes de dossiers géné­tiques par rapport à leur créa­tion. Par exemple, nous présen­tons le portrait d’Yvonne Land­sberg, commandé par la famille de cette jeune améri­caine. Pour prépa­rer cette pein­ture, Matisse va réali­ser diffé­rents dessins d’ac­com­pa­gne­ment de l’œuvre, quand il livrera le portrait, ça ne corres­pon­dra pas du tout à ce que la famille en atten­dait, donc il va le garder. On a pu recons­ti­tuer dans l’ex­po­si­tion cet extra­or­di­naire chemi­ne­ment dessiné qui a conduit à l’œuvre finale.

 

Qu’a­vez-vous décou­vert d’autre en prépa­rant l’ac­cro­chage ?

Nous avons pu recons­ti­tuer certaines séries en solli­ci­tant certains membres de sa famille, car beau­coup de carnets avaient été disper­sés à sa mort. C’est très émou­vant de voir sa manière de dessi­ner, ses repen­tirs*, comment il intègre tout cela au sein de sa feuille. On a le senti­ment de voir l’ar­tiste au travail.

 

Matisse qui était issu d’une famille de tisse­rands du côté de son père avait consti­tué un vestiaire pour ses muses…

Lorsqu’il s’ins­talle à Nice au cours des années 1920, il pratique le dessin d’après des modèles qui viennent poser dans son atelier. Il les pare comme des orien­tales grâce à la collec­tion de robes qu’il possède. Il est aussi fasciné par une blouse roumaine. Nous présen­tons un tableau inspiré par cette blouse et de très nombreux dessins.

 

L’ar­tiste était proche de ses petits-enfants et s’en servait de modè­les…

Il aimait beau­coup être entouré d’eux. Nous présen­tons plusieurs portraits réali­sés d’après Jackie Matisse sa petite-fille, et Claude Duthuit son petit-fils. Quand Matisse était replié dans son atelier à Nice, il avait peint au plafond les visages très styli­sés de ses petits-enfants. Comme il dormait rela­ti­ve­ment peu, il disait que cela l’apai­sait beau­coup la nuit quand il s’éveillait de voir ces visages.

 

Un livret-jeu accom­pagne les enfants tout au long de l’ex­po­si­tion…

Avec cet outil ils peuvent décou­vrir le thème de l’au­to­por­trait, le rapport au modèle, imagi­ner d’autres décors pour la blouse roumaine et s’ini­tier à la tech­nique du décou­page. Sans oublier les ateliers propo­sés aux enfants au sein du musée, qui seront pour eux une expé­rience extra­or­di­naire.

* Correc­tions appor­tées par l’ar­tiste à son œuvre en cours d’exé­cu­tion.
 

Expo­si­tion Henri Matisse, le labo­ra­toire inté­rieur

Du 02/12 au 06/03/2017 au musée des Beaux-Arts, 20, place des Terreaux, Lyon 1er. Tél. 04 72 10 17 40. www.mba-lyon.fr Ouvert tous les jours sauf mardi et jours fériés, de 10h à 18h, vendredi de 10h30 à 18h. Gratuit –18 ans, 13 et 7 € / adulte.

 

Anima­tions durant les vacances scolaires :

. Visite active pour les 6–7 ans : balade au milieu des oeuvres d’Henri Matisse pour explo­rer son univers de formes et de couleurs. Les 19, 21 et 22/12 à 10h30. Durée : 1h30. Tarifs : 6 €.

 

. Visite-atelier pour les 8–10 ans : dans l’ate­lier et devant les œuvres, les enfants découvrent comment Matisse joue avec les formes, les couleurs, les contours et les décors.
En parte­na­riat avec l’URDLA – centre inter­na­tio­nal estampe et livre.
Les 19, 21 et 22/12 à 10h15. Durée : 2h. Tarifs : 10€.