Artiste urbain passionné, Julien Malland, alias Seth, sillonne le monde pinceaux en bandou­lière pour parta­ger son art dans les rues avec d’autres street-artistes. Pour le musée d’art contem­po­rain de Lyon, il a imaginé une instal­la­tion inédite et convié 9 « collègues » graf­feurs à « prendre la parole » sur les murs. Une expo­si­tion rare et spec­ta­cu­laire qui fait un bien fou. Rencontre avec un globe-trot­ter au grand coeur. Par Blan­dine Dauvi­laire.

 

Quel est le sujet de l’ex­po­si­tion Wall drawings, icônes urbaines que vous présen­tez à Lyon ?

Cette expo­si­tion montre comment certains artistes des quatre coins du globe se réfèrent à leur culture tradi­tion­nelle pour peindre des choses qui parlent du monde d’aujourd’­hui. Derrière leur travail il y a un discours et la volonté de faire réflé­chir les gens.

En quoi consiste l’ins­tal­la­tion que vous avez réali­sée à Lyon ?

Elle présente ce que je fais géné­ra­le­ment dans la rue mais de manière adap­tée aux murs du musée. J’ai peint une tête d’en­fant dans laquelle on rentre et qui donne accès à une salle où sont expo­sés à peu près mille dessins d’en­fants du monde entier, âgés de 6 à 10 ans. Je leur ai demandé de repré­sen­ter leur imagi­naire, leurs rêves, de réali­ser une sorte d’au­to­por­trait mais sans portrait.

Qu’en est-il ressorti ?

Plein de trucs géniaux car les enfants sont très libres dans leur manière de s’ex­pri­mer. Certains ont expliqué ce qu’ils voulaient deve­nir quand ils seraient plus grands, d’autres ont raconté leur quoti­dien, leurs rêves…

Comment avez-vous collecté ces dessins ?

Au Brésil, à Lyon et à Paris, j’ai solli­cité des écoles. En Chine, je suis allé moi-même les cher­cher dans les classes, à Bali c’était dans un orphe­li­nat, au Japon c’est une profes­seur de dessin qui les a collec­tés.

Ces enfants ont-il des rêves communs ?

Il y a des repré­sen­ta­tions qui se ressemblent mais aussi de grandes diffé­rences. Chez les enfants d’Ukraine, il y a des choses assez dures en lien avec la guerre par exemple.

En complé­ment de ces dessins, vous avez affi­ché de grandes photos.

Ce sont des enfants chinois et tibé­tains en habits tradi­tion­nels que j’ai rencon­trés en Chine, ils posent en présen­tant leur dessin à la place de leur visage.

Pourquoi un tel inté­rêt pour les enfants ?

Parce qu’ils ont une liberté de penser et de dessi­ner que l’on perd en deve­nant adulte, on est formaté. Mon travail est centré sur l’ima­gi­naire, le monde inté­rieur, les enfants sont la base de tout ça.

Avez-vous réussi à garder cette part d’en­fance en vous ?

J’au­rais bien aimé, mais non ! Je ne suis pas du tout libre comme un enfant qui dessine ce qui lui passe par la tête sans réflé­chir, je fais très atten­tion au regard des autres.

Quand vous dessi­nez dans les rues à l’autre bout du monde comment commu­niquez-vous avec eux ?

C’est souvent le dessin qui sert de prétexte et nous permet d’échan­ger. Ils viennent voir ce que je fais, je les fais dessi­ner sur mes cahiers ou je fais des ateliers avec eux.

Ils vous inspirent ?

Parfois. Le dernier mur que j’ai fait au Sichuan (Chine) repré­sente un dessin d’en­fant. Je leur ai demandé de dessi­ner leur montagne. Puis j’ai dessiné une fille en robe tradi­tion­nelle en train de dessi­ner sur le mur avec la montagne qui conti­nue derrière le bâti­ment. J’uti­lise souvent l’image de l’en­fant pour contras­ter avec la dureté du monde, car je vais dans des endroits qui ont une histoire assez terrible. Dessi­ner un enfant dans un lieu tota­le­ment détruit, chao­tique, crée une image forte.

Dans vos oeuvres, le visage des person­nages est souvent caché ou énig­ma­tique.

J’aime bien que les passants s’ap­pro­prient mes dessins, qu’ils puissent imagi­ner ce que le person­nage est en train de faire et lessen­ti­ments qu’il peut éprou­ver.

L’été dernier, vous avez accom­pli un très beau projet en Chine.

J’ai invité quinze artistes du monde entier et nous avons peint quinze écoles chinoises. Nous avons donné accès à l’art dans des lieux défa­vo­ri­sés et créé des échanges avec les enfants de ces écoles. Nous ferons la même chose l’an prochain en Ukraine.

Dessi­ner permet de trans­mettre ses idées.

C’est un peu un combat. Parce que le monde se globa­lise, les gens commencent à avoir les mêmes rêves partout. Il ne faut pas se conten­ter de ce que nous dit la société pour être heureux. Dans nos fresques, nous montrons que chacun a son imagi­naire et qu’en le déve­lop­pant on peut être heureux.

 

Les murs ont la parole

Seth nous présente les 9 artistes qui ont travaillé à ses côtés pour l’ex­po­si­tion. « Le Belge Char­ley Case a repré­senté une vague avec des person­nages pour parler des problèmes de migra­tion. De son côté, Jaz fait souvent de grands murs pour évoquer l’his­toire de son pays, l’Ar­gen­tine, qui s’est construit sur les rapports entre les hommes et les cultures. Kid Kréol & Boogie est un duo de Réunion­nais qui invente une tradi­tion graphique, car la culture réunion­naise n’en n’avait pas jusque-là. Addam Yeku­tieli alias Know Hope vient d’Is­raël, il traite de la problé­ma­tique de la fron­tière. Reko Rennie, Austra­lien, reprend les motifs abori­gènes de sa famille en les modi­fiant de manière contem­po­raine. Saner se base sur la culture tradi­tion­nelle mexi­caine pour créer des person­nages masqués et costu­més. Teck est Ukrai­nien, il travaille sur les icônes ortho­doxes de l’église. Elliot Tupac est issu d’une famille d’af­fi­chistes péru­viens, il se sert de l’es­thé­tique des posters chicha annonçant les concerts, pour diffu­ser des messages. Et Wenna, mura­liste chinoise, invente un monde où elle mélange diffé­rentes cultures asia­tiques du dessin. »