Arbo­rant son archi­tec­ture éton­nante, amarré aux quais du Rhône, le nouveau théâtre l’Île Ô a ouvert ses portes le mois dernier. Dans un cadre inso­lite et chaleu­reux, il propose des spec­tacles et des ateliers aux enfants, y compris pendant les vacances. Rencontre avec Jean-Philippe Amy, son co-fonda­teur et direc­teur.

Comment avez-vous eu l’idée de créer ce théâtre sur l’eau ?
Quand j’ai créé le Pata­dôme il y a 19 ans, j’étais déjà convaincu qu’à projet origi­nal, il faut une archi­tec­ture attrac­tive et origi­nale. Un théâtre a besoin d’un pignon sur la rue. C’est un espace qui, vu de l’ex­té­rieur, déclenche l’ima­gi­naire du spec­ta­teur qui n’est pas encore entré dans la salle, qui frappe les esprits, qui attire. Ensuite, quand on accueille des spec­tacles pour la petite enfance, on est vrai­ment dans une confi­gu­ra­tion parti­cu­lière : opti­mi­sa­tion des accès, de la visi­bi­li­té… « L’ex­pé­rience petit bout » doit être pensée fine­ment. Et puis, on l’a vu dès l’inau­gu­ra­tion, l’eau engendre une fasci­na­tion totale ! L’un de nos objec­tifs est que le Lyon­nais de demain connaisse toujours plus son fleuve.

Batiment blanc flottant sur le Rhône, theatre l'Ile O
L’Île Ô, nouveau théâtre pour enfants, amarré aux quais du Rhône © DR

Pensez-vous pouvoir vous faire une place parmi les autres salles lyon­naises qui proposent aussi du théâtre jeune public ?
On n’est pas dans un secteur concur­ren­tiel : moins de 5 % des gens vont au théâtre à Lyon ! Or, il y a une dyna­mique démo­gra­phique de dingue, la maire d’ar­ron­dis­se­ment Fanny Dubot nous l’a dit : 16 % de la popu­la­tion du 7e a moins de 3 ans !

Ce qui diffère de la plupart des grandes salles lyon­naises, c’est que vous program­mez des spec­tacles pendant les week-ends des vacances scolaires.
Oui, c’était déjà le cas au Pata­dôme et ça marche plutôt bien, parce qu’on est là vrai­ment dans un accueil inter­gé­né­ra­tion­nel, avec les grands-parents qui prennent le relais des parents. C’est vrai qu’on peut avoir un peu peur de program­mer pendant les vacances, mais les choses sont en train de chan­ger… Et puis, tout le monde ne va pas au ski !

“L’eau est un envi­ron­ne­ment fami­lier, qui dyna­mise l’ima­gi­na­tion du tout-petit”

Jean-Philippe Amy

Qu’a­vez-vous mis en œuvre pour accueillir les tout-petits dans ce qui sera souvent leur première expé­rience de théâtre ?
Déjà, on a conçu deux salles de spec­tacles aux volumes bien distincts, car les petits enfants sont natu­rel­le­ment agora­phobes. Un autre para­mètre impor­tant, c’est le chemi­ne­ment. On est sur l’eau, qui est un élément de réas­su­rance et d’at­trac­tion. Notre obses­sion était que quand l’en­fant entre dans l’Île Ô, l’eau soit toujours là à travers des vitrages bas. On a pensé cette vue sur l’eau comme un accom­pa­gne­ment perma­nent de l’en­fant, qui a l’im­pres­sion de flot­ter en toute sécu­rité. Enfin, dans le foyer d’ac­cueil à l’étage, on a prévu un coin cocoo­ning de jeux et de colo­riages.

Intérieur de la plus grande salle de l'Ile O à Lyon.
En forme d’am­phi­théâtre, le Grand Théâtre de l’Île Ô peut accueillir 244 spec­ta­teurs © DR

L’eau sera-t-elle un élément fil rouge de votre program­ma­tion ?
C’est certain qu’a­vec les compa­gnies régio­nales de notre pôle de créa­tion pour les 0–5 ans, il y aura un ou plusieurs spec­tacles par an sur la théma­tique de l’eau, pour faire des liens entre l’en­droit où l’on se trouve et l’éveil senso­riel autour de l’eau. Et nous-mêmes, nous allons monter Le Lac des canards, qui s’ins­pire du Vilain Petit Canard et du Lac des cygnes, proba­ble­ment en 2024. L’eau est un envi­ron­ne­ment fami­lier, qui dyna­mise l’ima­gi­na­tion du tout-petit et le met dans les meilleures dispo­si­tions pour rece­voir un spec­tacle.


L’Île Ô, sur le quai au pied du pont Galliéni, rive gauche du Rhône, face au 3 avenue Leclerc, Lyon 7e. Infos et billet­te­rie au 04 78 51 48 87 et sur scenes-otre­ment.com


Propos recueillis par Clarisse Bioud – Photo d’ou­ver­ture: Jean-Philippe Amy, cofon­da­teur et direc­teur de l’Île Ô © David Gossard