Ses yeux pleurent. Le froid peut-être ? Car elle n’est pas triste, au contraire : sa présence chaleureuse apaise. Au sein de la Funky Fabrik où elle vend ses œuvres, on se sent bien avec elle à contempler ces illustrations qui fourmillent de détails délicats et de couleurs.
Elles sont à l’image de son premier livre jeunesse Éléazar, l’éléphantaisiste un peu élépharouche (de 3 à 7 ans), que Céline dessine n’importe quoi – de son nom d’illustratrice – publie en auto-édition.
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Un projet qu’elle porte en elle depuis des années. « Le dessin a toujours fait partie de ma vie, mais j’ai aussi toujours voulu écrire », explique celle qui, après les Beaux-Arts de Normandie, s’est envolée à Montréal travailler dans une maison d’édition.
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Longtemps, elle ne dessine plus. « Mais ça me restait en tête, se remémore-t-elle. Je côtoyais beaucoup mes collègues de la branche jeunesse et ça me rappelait le dessin que j’avais abandonné… » Et le hasard fait bien les choses : la maison d’édition s’arrête. Voilà de la place pour que pointe le bout de la trompe d’Éléazar…

Un éléphant dans la tête
Encouragée par ses amies, elle donne à cet éléphant des couleurs, une histoire… avant qu’il ne retourne dans un tiroir, emporté dans le tourbillon de la vie. Mais Éléazar est bien là, implanté dans le cerveau de Céline.
L’illustratrice promène son éléphant de Montréal à la Nouvelle-Zélande, où elle a tout l’espace pour dessiner son livre. À Lyon où elle commence son activité d’illustratrice, elle contacte quelques maisons d’édition. Tentatives laborieuses : « J’ai laissé tomber. Et puis, j’ai eu des problèmes de santé… »
Une tumeur au cerveau. Le diagnostic tombe alors que Céline est enceinte. Trois mois seulement après son accouchement, elle est opérée. « L’opération s’est mal passée. J’ai été en réanimation plusieurs jours. Je ne pouvais pas parler ni bouger, j’avais perdu mon champ visuel à gauche », se rappelle-t-elle, la voix hésitante…
En rééducation, elle voit à peine sa fille pendant un mois et demi. « Dans ces moments-là, tu repenses à tout ce qui est positif dans ta vie, parce qu’il faut que tu tiennes. Je n’ai rien regretté, sauf de ne pas avoir sorti ce livre… »
Petite lumière
Depuis, Céline souffre de séquelles auditives et visuelles. « Au moment où tu le vis, tu ne sais pas comment tu vas faire. Tu vois ta vie changer… Mais j’essayais de rester forte, raconte celle qui ne veut pas qu’on s’apitoie sur son sort. Ce qui m’importait, c’était de pouvoir élever ma fille… Et c’est elle qui m’a tenue. Un enfant, ça te donne une force incroyable. » Cette petite force aura 4 ans le 8 décembre, un jour de lumière…
Petit à petit, Céline se « réadapte ». Après plusieurs opérations des yeux, sa vue s’améliore. Même si elle voit toujours double de près… Alors, elle dessine avec un cache-œil. « Lyon, j’y ai vécu le pire et le meilleur de ma vie », déclare-t-elle avec une résilience sidérante. Depuis le mois d’août, « ça roule, assure-t-elle même. J’ai intégré une boutique aux Créations lyonnaises qui m’a fait beaucoup de bien. »

Ses dernières illustrations de la ville y sont très bien accueillies : un bouchon lyonnais, la colline de Fourvière faisant face à celle de la Croix-Rousse, et le Grand-Hôtel-Dieu vu depuis la cour intérieure. « J’adore cet endroit, confie-t-elle. C’est tout calme, et quand tu marches sur les cailloux, ça fait un tout petit peu de bruit… »
Probablement son lieu préféré à Lyon, avec le Parc de la Tête d’Or où elle se promène avec sa fille. « Mais j’adore aussi faire du toboggan au parc Blandan ! »
Céline dessine n’importe quoi et pour longtemps encore
Avec son cache-œil de pirate, Céline l’insubmersible continue de créer ses illustrations pleines de vie et d’animaux : un paon chatoyant, une « deudeuche » pleine de chiens fous, des chats, un dodo… Et le préféré des Lyonnais·es : une baleine et son petit, dessinés pour le faire-part de sa fille, qui aujourd’hui prend pour Céline un sens nouveau :
« Free Paul Watson ! » crie-t-elle joyeuse en brandissant son œuvre. C’est qu’ayant grandi dans une ferme, elle est très attachée à la nature. Pas étonnant qu’elle adore dessiner la végétation luxuriante… « D’ailleurs Éléazar se passe dans la jungle », glisse l’autrice.

Car c’est finalement à Lyon, en septembre, qu’Éléazar a enfin vu le jour, après une campagne de crowdfunding qui a dépassé toutes ses attentes. « Le livre jeunesse réunit tout ce que j’aime faire, conclut aujourd’hui Céline. C’est un milieu créatif, joyeux et poétique… »
Tant et si bien qu’elle nourrit déjà un autre projet de livre, « soit un grand cherche-et-trouve, car j’adore quand ça fourmille de détails, soit un tome 2 d’Éléazar », hésite-t-elle. Elle envisage aussi de quitter Lyon pour la Bretagne. « Mais pas tout de suite ! Ça commence à bien aller pour moi ici… Je ne sais pas si j’aurais la force de tout recommencer. » Nul ne doute qu’elle la trouvera, une fois encore.
Rencontrer Céline dessine n’importe quoi sur les marchés de Noël de la Funky Fabrik le 8 décembre de 11h à 19h, des Créations lyonnaises au Grand Hôtel-Dieu jusqu’au 24 décembre et des créateurs de Villeurbanne du 12 au 24 décembre.
Trouver Éléazar, l’éléphantaisiste un peu élépharouche à la Funky Fabrik, dans les librairies lyonnaises A Titre d’Ailes, La Virevolte et Trait-d’Union, ou sur commande sur ululu.com jusqu’au 10 décembre ou encore sur etsy.com/fr/shop/Celinedessinenimp. Prix : 19,90 €
