Il a préparé du café chaud en ce froid matin de novembre. Arnaud, 35 ans, nous accueille dans son atelier à la Croix-Rousse, qu’il partage avec cinq collègues artistes. Des plantes dégringolent des étagères, entre les pots de peinture et les tasses de café.
Sur son chevalet, on remarque un croquis de dinosaure. C’est justement pour ses dinos jaunes, violets, roses, bleus et verts qu’on l’avait repéré dans une exposition.
Une série nommée Dino-pop, dans laquelle Azed, de son nom d’artiste, peint sur toile ou sur bois des têtes de tricératops, spinosaures ou parasaurolophus aux couleurs flamboyantes, certaines grandes comme des trophées de chasse à accrocher au mur.

Idéales pour les enfants passionnés de dinosaures. D’ailleurs, « cette série, c’est le gamin en moi qui aimait dessiner des monstres, confie Arnaud, lui aussi fasciné par ces créatures disparues. Je ne m’en remets toujours pas de penser que des lézards de 12 mètres ont marché un jour sur Terre ! Ça me passionne d’imaginer comment ils étaient. »
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La recherche de la perfection
Une passion d’enfant qui se tait pourtant en devenant artiste. Quittant sa Grenoble natale pour Lyon il y a quinze ans, Arnaud étudie le design graphique puis se lance en autoentrepreneur. Longtemps, il s’essaie à plusieurs styles, se cherche…
« Mais je cherchais en fait à rentrer dans une case. Je pensais que pour être artiste, il fallait faire telle chose pour que ça plaise, pour être exposé dans les galeries… Je mentalisais beaucoup », résume-t-il en laissant ses yeux se perdre dans une cogite lointaine…
Anxieux, Azed ? « Comme beaucoup de monde aujourd’hui, confirme-t-il. Ce que je comprends d’un anxieux, c’est qu’il essaie de tout comprendre pour tout contrôler, car il a peur que ça lui échappe. »

Une anxiété déjà présente dans une enfance mutique et plutôt solitaire. « Je suis le dernier d’une fratrie avec laquelle j’ai dix ans d’écart et mes parents sont très âgés. On ne communiquait pas beaucoup, c’était à l’ancienne… Le dessin, ça me permettait de contrôler : j’étais bon là-dedans, ça offrait une connexion avec mes parents qui me disaient “ah, c’est bien !” », se rappelle-t-il.
Mais cette quête de contrôle permanent qui le suit dans sa vie d’artiste finit par l’étouffer. « J’ai réalisé que l’art ne marche pas comme ça. À un moment, il faut se ficher la paix, lâcher prise et faire ce qu’on aime. Moi, je fais des trucs très pop, ce n’est pas très intellectuel, mais j’en suis très content. »
En quête d’instinct
C’est pendant le Covid qu’Arnaud s’est remis à dessiner ses dinosaures. « C’était presque psychanalytique de retrouver le gamin en moi et de l’assumer », confesse-t-il. Dans ce retour aux premières inspirations, il retrouve le plaisir et la sincérité dans son art, sans se soucier du jugement ni du futur.
Et s’autorise à laisser lui échapper son pinceau, cesse d’être apnée en voulant tracer le trait parfait. « Pour s’exprimer, il faut se laisser respirer, partage-t-il. Des fois, à trop penser, on perd notre part d’instinct. » Cet instinct, il le trouve aussi du côté des animaux.

Avec sa série Gueules, il peint d’imposantes têtes de gorille et de tigre qui « révèlent leur vraie nature ». « J’ai toujours exploré cette ambiguïté entre leur bestialité et leur côté humain », explique cet amoureux des bêtes et surtout des tigres.
Pour rattraper une enfance sans animaux, c’est d’autres félins qu’Arnaud a adoptés : deux chats nommés Pipim et Bliss. « Des fois je les regarde et j’ai l’impression qu’ils sont humains. »
La confiance dans le futur
C’est peut-être pour ça qu’Arnaud se passionne aussi pour la Préhistoire : « c’est un peu là où l’animal devient l’Homme… Il reste une part de mystère, on ne sait pas encore tout et on peut tout imaginer », s’enthousiasme-t-il. Du coup, il y a deux ans, Azed a illustré le livre La Préhistoire – Un voyage fascinant à la découverte de nos origines (dès 7 ans) chez Nathan.
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Un premier travail avec un éditeur qu’il a adoré, et qu’il réitère en travaillant à sa première BD, une carte blanche proposée par un éditeur, qu’il consacre à nouveau à la Préhistoire. Mais son projet passion est un livre illustré du Seigneur des anneaux, accessible aux enfants, auquel il travaille avec plaisir en attendant un éditeur.
« Quand on fait ce qu’on aime, on se rend compte que les choses finissent par arriver, parfois de manière inattendue, a-t-il compris. Avant, je m’angoissais à penser au futur ; maintenant, j’y vais et je me dis “on verra !” »
azed-art.com – @azed_art
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