Dans L’Avenir nous le dira, il est question de « machine à oracles qui crache des sons et des enfants chanteurs »… Que raconte cet opéra ?
L’Avenir nous le dira n’est pas une forme narrative classique, plutôt l’histoire d’un compte à rebours. Tout se passe dans une grande structure qui ressemble à une cage à écureuil, composée d’un ensemble de machines percussives et musicales et habitée par une troupe d’enfants qui font partie intégrante de la machine.
Quand le spectacle commence, on sait que vont s’écouler 60 minutes : c’est le temps dont disposent les enfants pour délivrer leur message d’urgence et tirer une sonnette d’alarme eu égard à l’avenir. Pour cela, ils devront se constituer en chœur et se synchroniser avec leur machine pour parvenir à chanter ensemble et pour que puisse avoir lieu le Rituel des présages.
Chacun d’entre eux recevra alors son présage, matérialisé par un costume inspiré des figures symboliques du tarot : la colère, la guerre, la tentation, l’amour… Ainsi vêtu, ce chœur d’enfants incarne l’avenir.
Lire la suite de ce dossier sur Grains de Sel : La drôle de vie des enfants chanteurs de la Maîtrise de l’Opéra de Lyon
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Incarnent-ils un avenir radieux ou dystopique ?
Dans le spectacle, les trois oracles que délivre la machine aux enfants portent sur les neiges éternelles, les guerres et le nucléaire. Cet avenir-là, celui de demain dans lequel on est embarqué, on le connaît déjà : il n’est pas très radieux.
Les enfants se mettent alors à poser tout un tas de questions sur le futur à la machine, si bien qu’elle s’emballe et qu’ils n’arrivent plus à s’entendre. Pourtant il y a urgence à s’harmoniser, car le temps passe…
On arrive alors à une sorte de point de suspension : faut-il regarder en arrière ou en avant ? Les enfants vont choisir d’être au présent, ensemble, pour affronter leurs questions et aller vers un avenir plus souhaitable.
Comment mettre cela en scène pour des enfants sans leur saper le moral ?
Dans ce spectacle, c’est facile pour les plus jeunes de se sentir concernés car les interprètes sont des enfants. On a aussi développé une écriture ludique, notamment celle des corps qu’avec Cécile Laloy, la chorégraphe, on a pensée de manière à ce que les enfants soient le plus intenses possible.
Dans la narration, même si le fond du spectacle n’est ni confortable ni rassurant, tout est abordé avec beaucoup de joie et d’inventivité. C’est écrit avec des costumes, de la couleur, de la musique et les enfants sur scène sont très enthousiastes. Ce n’est pas un spectacle sombre, mais un spectacle qui pose joyeusement des questions à propos d’un diagnostic sombre.

Dans L’Avenir nous le dira, il n’y a pas d’orchestre classique, mais « un orchestre de machines. » Pourquoi ce choix ?
On voulait créer un opéra que pour des enfants, sans adulte sur le plateau, ce qui impliquait de ne pas avoir d’orchestre sur scène. Il fallait alors inventer une manière de soutenir les enfants musicalement, d’où l’idée d’un orchestre de machines.
Ça rejoint aussi la réflexion de fond du spectacle : ces enfants pris dans la machine – c’est elle qui les fait apparaître et ils sont reliés à elle – font écho à ce système dans lequel on essaie de s’en sortir, de savoir où s’accrocher pour bâtir nos espoirs communs. L’Avenir nous le dira n’est pas un opéra qui résout, mais un reflet de l’état de complexité du monde dans lequel on vit.
Vous avez travaillé avec trente-cinq enfants pour donner corps à cet opéra. Quelle différence y a-t-il entre mettre en scène pour la Maîtrise et pour des adultes ?
Pour moi, travailler avec des enfants, c’est très particulier. Là où ça rejoint le travail avec des adultes, c’est dans l’exigence du spectacle que l’on veut faire. Mais dans la méthode et le cheminement, c’est très différent car ce sont des individus qui ont peu d’expérience. Il faut donc écrire un spectacle en les formant.
La plupart de ces enfants apprennent la notion de travail qui est encore complexe pour certains. Ce sont des jeunes de 9 à 15 ans, très différents dans leur développement. On ne peut donc pas travailler de la même manière avec tout le monde.
L’Avenir nous le dira, dès 10 ans. Sam. 15 mars à 16h, dim. 16 mars à 15h30, mer. 19, ven. 21 et sam. 22 mars à 19h30 et dim. 23 mars à 15h30. Durée : 1h. Tarifs : de 14€ à 28€. Au TNP, 8 place du Dr Lazare Goujon, Villeurbanne. Tél : 04 78 03 30 00. tnp-villeurbanne.com
