Au fond d’un discret lotissement de la commune de Chassieu, dans une calme maison avec jardin, vivent Fabien, Fanny et leur fils, Samuel (8 ans) et Éliott (10 ans). Lui CPE dans un collège, elle institutrice, ils ont tout l’air d’une famille tranquille. Et pourtant : dès qu’elle le peut, la troupe se met en route. Billets d’avion en poche, sacs à dos ajustés, ces passionnés de randonnée en pleine nature s’en vont sillonner une partie du monde pendant six semaines en itinérance.
Les enfants ne se font pas prier : ils ont l’habitude, depuis petits, de voyager au Belize, au Mexique, au Guatemala, en Namibie, d’abord de gîte en gîte, en van puis en bivouac dès qu’ils ont eu 3 et 5 ans. À quatre mois, Samuel avait déjà traversé l’Oregon.
« On aime les grands espaces des États-Unis, se perdre dans les parcs nationaux », avouent leurs parents. Alors, l’été dernier, ils ont fait le grand saut ; un trek de 338 km le long des rocheuses de l’Ouest, parmi les sentiers les plus sauvages des États-Unis : le John Muir Trail (JMT). « C’était un de mes rêves depuis longtemps, confie Fabien. On pensait attendre que les enfants soient plus grands, mais comme on marche très souvent avec eux, ils étaient prêts. »
Une orga au cordo
L’épopée à travers la Sierra Nevada fait rêver… mais demande d’avoir les pieds sur terre. « Tout était calculé au jour près, il ne pouvait pas y avoir un grain de sable dans le rouage ! », rapporte l’énergique Fanny, encore ébahie par l’organisation militaire requise.
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Armés seulement de deux slips, t-shirts et paires de chaussettes, brosse à dents taillée pour économiser de la place, ils ont encore dû faire tenir dans les sacs à dos tentes, batteries solaires et filtre à eau, boîte à ours – obligatoire aux USA pour isoler tout ce qui a une odeur… Et, bien sûr, la nourriture, compacte voire lyophilisée, qu’il fallut rationner.

« On savait qu’on allait marcher 26 jours et qu’au bout de 10, il fallait rejoindre le point de ravitaillement, décrit Fanny. On ne pouvait donc pas se permettre d’avoir trop de retard sur le programme. » Installée sur sa terrasse, la tranquillité de la famille tranche avec le périple qu’elle relate.
Les enfants, particulièrement sages, nous impressionnent d’être nullement impressionnés. N’avaient-ils aucune crainte en partant pour une telle aventure ? « Manquer de nourriture, le poids des sacs et la capacité des enfants à tenir le coup », énumère tout de même Fabien. « Mon sac était lourd », rappelle en effet Éliott qui portait 6 kg de duvets.
Ils montent la montagne en chantant
C’est sans doute pour son petit frère que le premier jour fut le plus dur, la faute à une erreur d’itinéraire qui mena la famille directement à la deuxième étape de leur voyage, soit une double-journée de marche. « Là, on s’est quand même posé des questions, se souvient Fanny. Et s’il ne tenait pas le coup ? »
Mais le lendemain, voilà l’enfant qui, du haut de ses 7 ans, grimpe comme tout le monde le Mont Whitney, plus haut sommet du voyage culminant à 4 400 m. « On était la seule famille. Les gens étaient impressionnés de voir des enfants, certains nous ont pris en photo », s’amuse Fanny.
« Le voyage de notre vie »
Malgré leurs 15 km quotidiens, les enfants ne se sont pas révoltés contre leurs parents. Il faut dire qu’ils ont de la ressource : non contents de randonner à chaque vacance scolaire, ils pratiquent aussi l’escalade et en hiver, le ski. « Même arrivés au campement, ils continuaient à crapahuter dans les rochers, les rivières… », rapporte leur père. Merveilleux terrain de jeux, en effet, que les paysages grandioses qu’offre le JMT, du parc naturel de Sequoia à celui de Yosemite. Sans parler du spectacle des étoiles, qu’aucune pollution lumineuse ne voile et que la famille contemplait le soir.

Un seul regret : « On n’a pas vu d’ours parce qu’ils vont en ville, attirés par les odeurs, et se font écraser par les voitures », raconte Éliott tout déçu. Pas d’ours donc, mais des marmottes, « une biche, des chipmunks et… des moustiques ». À la manière des road trips, le John Muir Trail fut pour eux une expérience fondatrice. « On savait que ce serait le voyage de notre vie, sourit Fanny en regardant son conjoint. Du coup, on avait prévu qu’à la fin, on irait se marier à Las Vegas. »
Le couple se marie en short de rando, avec leur t-shirt de course en duo floqué des mots « On commence à deux, on finit à deux ». Un symbole pour ces deux Chasselands de naissance dont l’histoire d’amour avait commencé, déjà, en voyage lors d’un été en Australie.
L’école de la vie
De ce périple initiatique, Fabien a même tiré un livre, à partir des notes qu’il prenait tout au long du trail dans son carnet de bord, qu’il agrémente d’anecdotes d’autres voyages… Dès le mois de juin, on pourra le trouver en librairie ou sur son blog où il recense des itinéraires de rando, ainsi qu’un guide pour préparer le JMT.
Car Samuel et Éliott laissent penser que toute famille peut tenter l’expérience, à condition d’être préparée. À 10 et 8 ans, ils savent faire un feu, rendre l’eau potable et ne pas la gaspiller, et sont sensibles à laisser la nature telle qu’elle était avant leur passage. Pour Fabien et Fanny, le voyage et la randonnée sont ainsi un mode d’éducation, « qui permet aussi d’aborder de nombreux sujets — histoire, géographie, culture, science…, affirme Fabien. Une école de la vie, sûrement très marquante. »
En famille sur le John Muir Trail, et autres confidences de voyage, de Fabien Roger. Éditions Maïa. Prix : 18 €. À retrouver en librairie ou sur commande sur itinerairedevoyagenature.blogspot.com
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