Il représentait la région Auvergne-Rhône-Alpes pour le concours du Monument préféré des Français 2024 : le site Le Corbusier à Firminy a finalement été vaincu par le circuit des 24 heures du Mans… Pas une raison pour ne pas aller découvrir ou redécouvrir l’œuvre du maître de l’architecture moderne, qui a fait entrer la cité ouvrière au patrimoine mondial de l’Unesco.
Architecte polémique, « fada » pour les Marseillais dans la ville desquels il a construit sa Cité radieuse, Charles-Edouard Jeanneret dit Le Corbusier a bâti ses édifices dans douze pays et ses emblématiques Unités d’habitation dans cinq villes à travers le monde. Notre voisine stéphanoise est l’une d’elles.
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Au départ, le site Le Corbusier de Firminy est un ensemble pensé pour redynamiser un quartier ouvrier. En 1955, le maire Eugène Claudius-Petit, ancien résistant devenu ministre de la Reconstruction et de l’Urbanisme, commande à l’architecte une Unité d’habitation, une Maison de la culture, un stade et une église, tous visitables aujourd’hui.
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Dans cette cité minière et sidérurgique, l’œuvre de « Corbu » prend tout son sens : son architecture pense un équilibre entre l’individu et la vie collective, particulièrement dans l’Unité d’habitation, conçue comme une ville verticale avec des services de proximité et des espaces ouverts « où les habitants pouvaient se rencontrer ».
La vie en rose dans la tour grise
Parce qu’elle est un HLM, l’Unité d’habitation eut longtemps la réputation d’un immeuble malfamé miné par les gangs. Mais dans cette tour où la mixité sociale n’était pas un sujet, où les habitants qui se connaissaient tous cohabitaient dans la convivialité, c’étaient plutôt les bandes d’enfants qui sévissaient, jouant au ballon en bas du bâtiment, dans les espaces verts du parc De Bruneaux, ou dans les couloirs de l’immeuble.
Car ces couloirs sont des « rues », littéralement : larges de trois mètres et rythmés par des portes colorées, ils ont vu les marmots y faire du vélo et les adultes y partager des repas en sortant tables et chaises. Plus calme aujourd’hui, l’immeuble fait toujours la fierté de ses habitants, qui ouvrent volontiers leur porte lors de visites guidées.

En le parcourant, le néophyte découvre les « Cinq points d’une architecture nouvelle » que définit Le Corbusier en 1926. Surélevé par d’imposants pilotis pour faire circuler le vent et capter au maximum le soleil, l’immeuble est conçu suivant le système de mesures du Modulor, une échelle représentant un homme de 1,83 mètre, inventé par Le Corbusier pour bâtir autour de la morphologie humaine. Gravé dans la façade aux pieds de l’immeuble, le Modulor invite les enfants à s’y mesurer pour une photo rigolote.
Adepte des vastes espaces pour que notre « animal intérieur » ne se sente pas en cage, l’architecte conçoit aussi des façades vitrées qui inondent de lumière l’appartement et laissent le regard se perdre dans les lointaines collines. La structure de béton armé permet, elle, de se débarrasser des cloisons porteuses, remplacées par des plans libres modulables pour adapter l’appartement à sa guise. Bien intégrées dans le gris, on retrouve les trois couleurs primaires présentes dans tous les bâtiments de l’architecte : le jaune, le rouge et le bleu.
Une église de béton
Au dernier étage se visite l’école maternelle. Si les normes de sécurité ont conduit à sa fermeture en 1988 – non sans quelque résistance des habitants – elle a accueilli pendant trente ans les gamins de l’immeuble. On y retrouve les plans modulables, qui permettaient de séparer les huit salles de classe, ou de créer au contraire un grand espace partagé.
Les baies vitrées se composent ici de pans de verre ondulatoires qui évoquent une partition musicale; une idée de Iannis Xenakis, architecte musicien et ami de Le Corbusier. Sur l’autre façade, de petites fenêtres colorées à hauteur d’enfants leur faisaient « voir la vie en bleu, en rouge, en jaune », se rappelle une femme nostalgique de ses tendres années ici. Comme ils devaient être heureux les élèves de cette école, avec leur cour de récré située… sur le toit-terrasse !

Après l’Unité d’habitation, il ne faut pas rater l’église Saint-Pierre. Sorte de pyramide virant au cône au sommet biseauté, l’édifice de béton brut ressemble à tout, sauf à une église. Il faut y entrer un matin sans nuages pour avoir la révélation : traversée par le soleil, la constellation d’Orion percée sur la façade Est illumine la nef de rayons dorés. Le jeu des formes et de la lumière propre à Corbu s’illustre aussi par trois « canons à lumière » dont les faisceaux donnent à l’église un aspect différent au fil de la journée.
Un édifice qui a bien failli ne jamais voir le jour, livré aux aléas financiers et politiques et achevé en 2006 seulement. Décédé en 1965, Le Corbusier ne vit jamais l’église qu’il avait imaginée. La Maison de la Culture est le seul monument réalisé de son vivant, que l’on peut visiter aussi, en autonomie ou en visite guidée. Sans oublier la piscine et le stade… Alors, paré pour un dimanche appelou !
Toutes les infos pratiques pour visiter le site Le Corbusier
Site Le Corbusier à Firminy, boulevard Eugène Claudius-Petit (42). Tél. 04 77 61 08 72. Ouvert tous les jours sauf le mardi jusqu’au 10 novembre de 10h à 12h30 et de 13h30 à 18h. Maison de la culture et l’église, en visite libre ou guidée. Tarifs : de 10,50 à 12,50 €. Unité d’habitation accessible uniquement en visite guidée. Tarifs : de 10 à 12 €. Pass famille (4 pers. dont un -18 ans) : 25 €. Pass Le Corbusier (visite guidée Maison de la culture, église et Unité d’habitation) : de 17 à 19 €.
sitelecorbusier.com
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