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Premier livre jeunesse des archéologues Clothilde Chamussy et Lucas Pacotte les animaux de la Préhistoire
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Animaux et humains à la Préhistoire, le premier livre pour enfants de deux archéologues lyonnais

Publié le 27/08/2024
Formés à l’Université Lyon 2 où ils se sont rencontrés, créateurs de la chaîne Youtube Passé sauvage et auteurs de La grande histoire du climat paru en avril, les archéologues lyonnais Clothilde Chamussy et Lucas Pacotte sortent le 28 août leur premier livre pour enfants. Dans « Des animaux pleins la tête - Animaux et humains à la Préhistoire », ils présentent la mégafaune qui peuplait l’Europe et l’Australie il y a 20 000 ans, et explorent le rapport qu’entretenaient les humains avec les animaux. Interview.
Clothide Chamussy et Lucas Pacotte, archéologues lyonnais
Clothide Chamussy et Lucas Pacotte, archéologues et auteurs du livre jeunesse
Des animaux plein la tête (Editions Actes Sud Jeunesse) © DR

Vos livres et vidéos s’adressent d’habitude à un public adulte. Qu’est-ce qui change dans le fait de s’adresser aux enfants ?

Clothilde Chamussy: D’abord, le travail de recherche ne diffère pas: on lit autant pour s’adresser aux adultes qu’aux enfants et on leur livre une synthèse tout aussi riche.

Lucas Pacotte: Sur tout ce qui est de l’ordre de la mégafaune australienne, on a dû se documenter. Après, on distille l’information avec une narration différente, une attention portée à l’équilibre entre le texte et les images… Eric Feres a fait un travail d’illustration formidable. On est allé voir son atelier dans les pentes de la Croix-Rousse; il a une manière de travailler les couleurs qui est presque de l’ordre de la recherche picturale !

L’illustration est-elle importante pour parler du passé aux enfants ?

Clothilde: Oui, cela permet d’avoir une idée, non seulement de l’aspect d’animaux inconnus comme le procoptodon, mais aussi des paysages d’il y a 20 000 ans. Le livre est construit dans un opposition entre l’Europe glacée et l’Australie. Le texte étant limité, il faut être un artisan de la couleur pour donner ces impressions de froid, de chaud, avec des paysages qui vont du rouge au violet… Ça amène du sensible et donc du concret. Finalement, j’ai l’impression qu’on a vite oublié qu’on s’adressait à des enfants ! On a voulu créer un objet qui soit beau à voir et un peu contemplatif.

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Lucas: Ces récits du passé passent par l’imaginaire et le dessin est au service de cet imaginaire. Il faut qu’il y ait du sensible, sinon on ingurgite de la donnée et ce n’est pas intéressant.

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Vous commencez le livre en rappelant que l’être humain est un animal. Etait-ce votre volonté de replacer l’Homme à sa juste place au sein du vivant ?

Lucas: C’est le point de départ qu’on a tout de suite imaginé. On ne voulait pas faire un livre encyclopédique qui inventorie les animaux, déjà parce qu’on n’est pas paléontologues, mais archéologues; on parle des sociétés humaines. Donc il fallait qu’il y ait un rapport entre les deux, en rappelant que les humains sont des animaux qui ont évolué au milieu d’autres, qui se sont comparés, opposés… On a voulu mettre au centre ce rapport d’identification en parlant aussi des mythologies peintes dans les cavernes qui représentent avant tout des animaux.

Le livre nous apprend en effet que “ce sont les animaux qui ont créé et organisé le monde”…

Lucas: Beaucoup de préhistoriens partent en Australie pour essayer d’interpréter l’art des cavernes. Une des théories qui est très suivie, c’est que ces peintures racontent un temps où il n’y a pas d’humains sur la planète et où ce sont les animaux, premiers êtres vivants, qui organisent le monde. Il y a des mythes où les cavernes seraient les lieux d’où sont sortis tous les animaux du monde. Dans ce récit, voir un animal, ce n’est pas seulement voir un mammifère, mais c’est voir un élément de l’origine du monde.

On a voulu parler de deux continents, l’Europe et l’Australie, pour ce lien qu’on peut faire entre l’art des cavernes et la manière des humains de comprendre le monde à travers les animaux, avec le totémisme selon lequel les humains partagent les mêmes esprits que les animaux. Pour les enfants, c’est rigolo d’imaginer que chaque humain a une espèce de double métaphorique sous forme animale.

Clothilde: Les enfants sont les premiers candidats au totémisme ! On pense par exemple aux Pokémons ou aux Disney… On voulait aussi leur faire découvrir un continent qu’on leur propose rarement, l’Australie, car on est bombardé de culture japonaise ou américaine.

Livre Des animaux plein la tête de Clothilde Chamussy et Lucas Pacotte
Double page intérieure du livre Des animaux plein la tête, de C. Chamussy et L. Pacotte © DR

En écrivant ce livre, souhaitiez-vous que les enfants s’interrogent sur leur rapport aux animaux ?

Clothilde: Plutôt leurs parents. Les enfants, ils sont sensibles, ils sont dans la protection et il suffit d’aller dans un musée où il y a des squelettes d’animaux pour les émerveiller !

Lucas: La dernière double page du livre évoque en effet notre rapport contemporain avec les animaux, la place qu’on ne leur laisse plus, avec cette ville qui s’étale… Mais aussi leur place dans l’imaginaire. Avec la domestication, l’animal, de source d’inspiration, d’élément mythologique créateur du monde, devient un objet qu’on peut s’approprier et qui n’est plus du tout au centre de notre imaginaire. Est-ce qu’il ne faudrait pas trouver une nouvelle place pour les animaux dans notre imaginaire pour leur redonner une place dans la réalité ? C’est un peu un leit motiv dans notre travail: la perspective historique doit permettre de se poser des questions sur aujourd’hui.

En permettant de mieux comprendre le présent, l’archéologie peut-elle aider à mieux vivre le futur ?

Lucas:  Elle permet de comprendre le monde, de savoir comment on en est arrivé là. Les sciences humaines fournissent des éléments de comparaison ou d’inspiration, mais ça a ses limites. On ne peut pas imaginer revenir à une forme de totémisme qui permettrait de résoudre notre crise écologique. Car le fait est qu’on ne vit plus avec les animaux. C’est une histoire terminée. Aujourd’hui, on doit imaginer autre chose.

Clothilde: Ce livre, comme toutes publications en archéologie, fait des constats de là où nous en sommes. Les sciences humaines permettent juste d’éviter le déni, de croire que c’était mieux avant ou que ça a toujours été comme ça. Et une fois qu’on a des repères, on est mieux armés pour envisager le présent et le futur. C’est une tentative de maîtriser l’Histoire.

Les enfants sont souvent attirés par le métier d’archéologue ou de paléontologue. Qu’est-ce qui les passionne autant à votre avis ?

Lucas: Le vertige du temps, le gigantisme des animaux…

Clothilde: C’est une immense présence qu’on ne peut pas voir: ça a existé mais c’est totalement absent !

Lucas: Pourtant, l’archéologie est une discipline souvent ingrate et très exigeante physiquement, avec de longues phases de recherches dans la bibliographie qui sont moins excitantes. Je pense que ce qui est attirant, c’est l’attrait de la découverte. Quand on découvre quelque chose qu’on est le premier à tenir dans sa main depuis des millénaire, c’est émouvant.

Clothilde: Et puis c’est associé à des gestes qui rappellent le jeu: creuser la terre, la dessiner… Il y a des gestes qu’on fait sur le terrain qui sont ceux que, enfant, on fait sur la plage de manière spontanée. Il y a quelque chose de très évident.

Vous-même, souhaitiez-vous devenir archéologues enfant ?

Clothilde J’ai exprimé ce souhait quand j’avais 10 ans et on m’a dit un truc stupide qui circule beaucoup, c’est qu’il faut être bon en maths. Alors qu’en fait, c’est une discipline totalement liée à la littérature ! Il faut aimer lire et écrire beaucoup. Mais il n’y a pas du tout de mathématiques. Je pense qu’on dit ça pour qu’on associe l’archéologie à une science dure, alors que c’est une science humaine et sociale.

Lucas: J’ai toujours été intéressé par la Préhistoire, les Romains… Mais le moment déclencheur, c’est quand le logiciel Google Earth est sorti. J’étais au lycée et je passais des centaines d’heures sur mon ordinateur à éplucher les photos satellites pour placer des points de sites archéologiques. Je scannais les forêts du Mexique, les déserts d’Asie centrale… Je me suis fait comme ça une espèce de base de données.

Clothilde: C’est intéressant car cet acte de collecte, on le voit dans le livre avec les images d’animaux sur les parois des cavernes…. C’est une motivation que les humains partagent à travers les époques et qu’ont aussi les enfants: Pokémons, attrapez-les tous !

Quels enfants étiez-vous ?

Clothilde: Je suis née dans la campagne entourée d’animaux. Ce n’est pas pour rien qu’il y a des petits cochons disséminés dans le livre: c’était mon animal totem petite, alors Eric m’a fait le cadeau d’en mettre partout. J’étais une enfant un peu chochotte, j’avais un peu peur de la nature et les animaux me permettaient d’être dehors en confiance.

Lucas: Moi, j’ai toujours vécu en ville, avec juste un chat à la maison. J’étais plutôt calme, un peu peureux et angoissé. On me posait dans un coin et si j’avais un bouquin ou un jouet, je me tenais tranquille. J’aimais lire, apprendre, j’étais curieux.

Finalement, vous êtes devenus des aventuriers !

Lucas: C’est logique quand on y pense. Quand on a des angoisses, on a besoin de se rassurer en sachant ce qu’il va se passer. L’archéologie répond à ce besoin de maîtrise.

Clothilde: Ceci dit, l’endroit où on rêve d’aller, c’est l’Australie pour son intérêt archéologique, mais nous n’y allons pas parce qu’il y a d’énormes araignées !

Lucas: Et des serpents, des bestioles qui veulent vous tuer sous chaque pierre !

Clothilde: C’est un frein à l’aventure pour l’instant.

Des animaux plein la tête de Clothilde Chamussy et Lucas Pacotte éditions Actes Sud Jeunesse
Des animaux plein la tête est le premier livre pour enfants des archéologues Clothilde Chamussy et Lucas Pacotte © DR

Des animaux pleins la tête – Animaux et humains à la Préhistoire, de Clothilde Chamussy et Lucas Pacotte. Actes Sud Jeunesse. Dès 9 ans. Tarif: 21 €

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Premier livre jeunesse des archéologues Clothilde Chamussy et Lucas Pacotte les animaux de la Préhistoire
Couverture du livre Des animaux plein la tête - Animaux et humains à la Préhistoire © Actes Sud Jeunesse

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