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Dr Olivier Revol, spécialiste du TDAH : « Un diagnostic n’est pas un destin, s’il a été posé au bon moment »

Mis à jour le 25/03/2026
Pédopsychiatre à l'Hôpital Femme Mère Enfant de Bron, Olivier Revol a publié début 2026, Heureux comme des TDAH! avec son confrère et ami Michel Cymes. Tous deux TDAH, ces médecins partagent leurs expériences avec humour, balaient bon nombre d'idées reçues sur ce trouble qui, n'étant pas une maladie, peut être contrôlé. Il le sera d'autant mieux, que le diagnostic sera posé tôt. Interview d'Olivier Revol.

Votre livre commence par rappeler que le TDAH est un trouble du neurodéveloppement.

Olivier Revol: La Haute Autorité de Santé l’a réaffirmé très clairement en 2024 : le TDAH fait partie des troubles du neurodéveloppement, comme la dyslexie, la dyscalculie ou le trouble du spectre autistique. On l’a à la naissance et on vit toute sa vie avec. Ce n’est pas une maladie car on n’en guérit pas ; c’est un trouble qu’on apprend à contrôler.

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Vous écrivez que le cerveau d’un TDAH n’est pas déficient, mais qu’il fonctionne différemment, en employant deux images assez parlantes.

Il y a la métaphore du chef d’orchestre pour le cortex frontal, sorte de cerveau du cerveau, qui sous-tend les fonctions exécutives. Mais là, à cause d’un défaut de dopamine, c’est le bazar. On peut aussi comparer le cerveau d’un TDAH à une voiture de sport qui a toutes les options, mais dont le système de freinage n’est pas au point.

Même si on ne pose pas de diagnostic avant 6 ans, y a-t-il des signes chez un petit de Maternelle qui peuvent alerter ?

On va trouver qu’il est « trop » : il est trop agité, il coupe la parole, grimpe partout, est trop distrait, a du mal à rester sur une tâche ou assis sur une chaise. Chaque fois que l’un de ces symptômes est excessif et surtout pas régulable par l’adulte encadrant, cela doit alerter. Avant 6 ans, je conseille toujours la psychomotricité, qui apprend à l’enfant de façon ludique à contrôler le débordement de ses émotions et de son corps. Et ne posons pas de diagnostic trop tôt : ce petit gamin bouge peut-être trop parce qu’il s’ennuie. Je vois pas mal d’enfants très agités en Maternelle qui s’apaisent une fois en CP.

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Vous balayez d’ailleurs l’idée selon laquelle les TDAH seraient en voie d’explosion.

Oui, les TDAH ont toujours existé, à hauteur de 5% de la population. En revanche, il y a plus d’enfants agités. Mais l’agitation n’est pas une maladie, c’est un symptôme.

Alors justement, en présence de symptôme et à partir de 6 ans, qui consulter?

Pas la peine d’aller faire des bilans chez des neuropsychologues! Seul le médecin a le droit de poser le diagnostic: un psychiatre, pédiatre ou neurologue, exerçant en milieu hospitalier ou libéral. Depuis 2024, les médecins généralistes formés au TDAH sont également aptes à diagnostiquer, mais pas encore à prescrire. Le médecin procède à un diagnostic d’exclusion : il élimine d’abord toutes les autres causes à l’agitation (ennui, anxiété, déprime, trouble du spectre autistique, problème auditif…)

Vous insistez aussi sur le rôle du médecin généraliste.

Oui, car il connaît la famille et l’historique de l’enfant; il sait si l’accouchement a été acrobatique, dans quel milieu vit l’enfant. Quand il a un doute sur l’existence d’un TDAH, il fait remplir des questionnaires aux parents et à l’enseignant·e, qu’il met en perspective avec son observation clinique. C’est aussi lui qui renouvelle la prescription de ritaline faite par le spécialiste, pour un an maximum.

Cette ritaline, considérée comme une amphétamine, effraie les parents. Vous rassurez en rappelant qu’elle n’est jamais donnée seule ou même en première intention.

La ritaline n’est pas une vraie amphétamine. Sans quoi on ne pourrait pas l’arrêter le week-end ou l’été ; il n’y a aucun effet de manque. Et elle n’est jamais donnée en première intention. On commence par la psychoéducation, avec la guidance parentale et les thérapies cognitives et comportementales (TCC), qui consistent à outiller l’enfant de stratégies concrètes pour contrôler son comportement. Je lui conseille souvent le « Stop, think, go » : arrête-toi, réfléchis, agis. Comme l’orthophoniste automatise la lecture chez le dyslexique, les TCC automatisent les fonctions de contrôle et d’attention chez le TDAH.

Quand faut-il prescrire la ritaline alors ?

Ma position est claire : donner systématiquement la ritaline à un enfant qui bouge serait une faute, y compris s’il a un TDAH car il y a des formes légères. Mais ne pas la donner à un enfant en danger socialement, affectivement, à cause de son trouble, en est une autre. Car c’est son estime de lui qui est en jeu. De plus, c’est un traitement qui marche tout de suite : c’est on/off. Mais j’insiste : il doit toujours être complété par des TCC, car l’enfant a ce TDAH à vie, il faut qu’il apprenne à vivre avec. C’est pourquoi, à contre-courant de la majorité de mes confrères et des recommandations de l’OMS, j’estime que le traitement ne doit pas être donné en continu. Car c’est prendre le risque que la famille ne mette pas en place d’autres stratégies.

Quelles sont ces stratégies ?

Il y a le Time Out, le temps mort, comme au basket. On dit stop à l’enfant, avec une fermeté bienveillante, et on l’accompagne dans une pièce plus calme où on lui propose des Kapla ou des Lego, afin qu’il reprenne le contrôle de son attention. La règle, c’est une minute de Time Out par année d’âge. Je conseille aussi aux parents de prévoir deux à quatre fois par semaine un temps court pleinement partagé avec l’enfant, durant lequel c’est lui qui choisit l’activité — et le parent range son téléphone ! Enfin, il faut dissocier le comportement et la personnalité : on ne dit pas « tu es insupportable », mais « ce comportement est insupportable ».

Quel est votre positionnement face aux écrans concernant un enfant TDAH ?

Plus que tout autre enfant, les TDAH sont à risque de toutes formes d’addiction parce qu’ils cherchent à s’apaiser. Les jeux vidéo — même pour petits — ont été conçus sans distracteurs : l’enfant y est acteur, il reçoit un feedback immédiat, il se sent enfin utile et efficace. Mais ce n’est pas la vraie vie. Les écrans deviennent vite un refuge. Il faut donc être ferme et privilégier des moments de jeu partagé, sans écran.

Vous êtes vous-même TDAH. Vos patients le savent-ils ?

Je leur dis d’emblée. Mais ils le sentent. Quand les parents racontent leur ras-le-bol et leur honte, et que l’enfant baisse les yeux, je le regarde et lui dis que j’étais comme lui, que mes parents me promenaient en laisse dans la rue jusqu’à mes 6 ans. Alors il ouvre des yeux comme ça ! Cela rassure aussi les parents à qui je dis toujours qu’un diagnostic n’est pas un destin. À condition qu’on l’ait posé au bon moment.

Heureux comme des TDAH ! d’Olivier Revol et Michel Cymes. Éditions Albin Michel. 19,90€.

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Dr Olivier Revol
Dr Olivier Revol, pédopsychiatre spécialiste du TDAH © Tom Augendre

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