Au cœur du TNG s’est glissée début mai une drôle de cabane en bois. Sur les parois intérieures de ce refuge, les tracés et étals de couleurs semblent surgis de nulle part, comme des souvenirs flottants. Ce sont ceux d’enfants et adolescents exilés, qui projettent ici la mémoire de leur foyer perdu sous les coups de fusain de Stephan Zimmerli. Connu pour son groupe de musique Moriarty, l’artiste pluridisciplinaire explore les architectures hybrides où il mêle travail sonore et arts visuels. Petit à petit, il y a développé le dessin mental, par lequel il tente, en dessinant ce que lui raconte son interlocuteur, d’effleurer l’image qu’il a dans la tête pour lui donner forme dans de micro-architectures.
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Dans ces « espaces mentaux », il dessine bientôt les visions de personnes exilées : ainsi naît le projet du Studiolo de l’Exil à Florence en Italie, qui essaimera à Paris, Berlin ou Avignon, chaque micro-architecture se réinventant selon le lieu. « Ma mère est elle-même exilée : les images qu’elle transporte de son Vietnam natal m’ont toujours fasciné, d’autant plus qu’elles étaient tabou, contenues au fond de sa mémoire, témoigne l’artiste. Les souvenirs parfois se logent dans les interstices : je voulais mettre mon travail de dessinateur au service de cela, pour proposer une forme non verbale à ce qui ne se dit pas. »
Le premier Studiolo de l’Exil avec des enfants
Au TNG, l’artiste a réalisé son premier Studiolo avec des enfants. Construite comme un décor de théâtre, celui de leur mémoire, la cabane recèle les souvenirs de Meriam (Doha), Oleksii et Mariia (Ukraine), Aboubacar (Côte d’Ivoire), Isabella (Venezuela), Malika, (Kazakhstan)… Onze enfants de 8 à 17 ans, issus de tous les continents, lui ont raconté leurs souvenirs enfouis d’un lieu aimé aujourd’hui perdu : leur maison, leur chambre, leur jardin, l’horizon qui se dessinait à travers la fenêtre… Guidé par leur récit, l’artiste a fixé leurs mémoires errantes en direct sur les murs du refuge, composant une émouvante fresque collective de la mémoire de l’exil.
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Polygonale, la cabane est orientée de sorte que chaque dessin se trouve dans la direction du pays représenté. Ainsi, face au souvenir d’Almayassa, 9 ans, nous regardons vers le Qatar. Celui de Sanaga, 14 ans, confronte l’Afghanistan tandis que Yegor, 11 ans, nous place face à l’Ukraine. La porte, camouflée en bibliothèque, signe l’entrée du visiteur dans les récits de ces enfants. Et permet à ces derniers de s’installer dans ce refuge avec quelques livres prêtés par les médiathèques voisines. Un projet émouvant qui s’inscrit dans la volonté du théâtre de s’ouvrir sur le quartier, et que le public pourra venir découvrir librement, ou lors des goûters du mercredi après-midi organisés par le TNG.
Studiolo de l’Exil, jusqu’à juin 2027. Du mardi au vendredi de 14h à 18h. Entrée libre et gratuite. Goûter du mercredi : le 24 juin à 15h30 (durée 2h) puis à partir du 23 septembre 2026. TNG-Vaise, 23 rue de Bourgogne, Lyon 9e. Tél. 04 72 53 15 15. tng-lyon.fr
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