Avez-vous déjà vu des enfants faire la ronde sur du Daft Punk ? « C’est incroyable, s’extasie le plus sérieusement du monde Antoine Allègre. Quand je balance de la French Touch, les gamins adorent, ils sont hypers réceptifs. »
Depuis 2019, ce DJ engagé fait taper du pied les petits avec son agence événementielle Pose ton Gone, un laboratoire culturo-ludico-festif où il fabrique des événements family friendly mêlant musique et jeux vidéo (ses passions) pour « remettre du fun » dans le quotidien. « Il ne faut jamais bouder ce terme, « fun », surtout par les temps qui courent », assure le quarantenaire qui a roulé sa bosse…
Bientôt, les gones danseront sur sa musique chez Les Gamines de la Grand’Côte, le café-bar associatif festif et familial qui s’est installé cet été en lieu et place de feue la Ka’Fête Ô Mômes. « Elles ont une super énergie et une certaine conception du bordel ; on est fait pour s’entendre », affirme Antoine sur un savoureux ton provocateur qui ne le quitte pas.
Bidouille musicale
Là-bas, il animera des rendez-vous réguliers, mêlant DJ set, blind test intergénérationnel et « bidouille musicale low tech » avec des boîtes à rythmes qu’Antoine adore montrer aux enfants. L’amateur de musique a de la bouteille : il a connu « la belle époque ; celle de l’émergence d’une forte culture club », lui qui a débarqué ado à Lyon de région parisienne.
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« Dans mon quartier derrière les voûtes de Perrache, il n’y avait pas grand-chose à faire : une MJC et les premiers breakdanceurs. Donc tu te débrouillais pour trouver des platines, des albums instrumentaux à la Fnac et tu passais des vinyles », se souvient l’autodidacte qui s’est retrouvé à mixer à Woodstower… Et même journaliste musical à Lyon, après être arrivé « par hasard » à Lyon Capitale en 2001.
La fin de leur monde
« À l’époque je parlais de ce que j’aimais : le rap, la culture… Puis je me suis intéressé aux enjeux de société. » Celui qui « n’avait que le bac et une vague licence d’économie » mais une soif de comprendre et d’essayer des choses écume les journaux locaux dont Tribune de Lyon et Le Petit Bulletin, crée un fanzine, puis son propre média, Mr. Simon…
« J’ai toujours eu besoin de m’immerger à fond dans quelque chose pour le comprendre pleinement. C’est essentiel car si tu ne comprends pas, quand tu retranscris, c’est plein de trous, et les gens s’accommodent des trous : on peut leur faire dire ce qu’on veut. »
Pour ce motif, il n’hésite pas à critiquer certains canards lyonnais : ceux qui « font du tout pour les boomers » ; d’autres qui « ont été les premiers à l’échelle locale à ouvrir la fenêtre d’Overton »… Pas un mystère si l’ex-journaliste, outré par le « glissement vers une extrême-droitisation des esprits », a quitté la profession. Trois licenciements économiques y furent pour beaucoup. « J’ai été licencié parce qu’un milliardaire a vendu le groupe de presse à un autre milliardaire », résume-t-il sarcastique.
Écologie politique
Du journalisme, il garde sa déontologie, et de ses études d’économie l’analyse d’un monde où tout est interconnecté. De là germent les graines d’une écologie politique, à laquelle il est sensible depuis toujours. Contacté en 2020 pour s’occuper de la campagne des sénatoriales, Antoine s’engage avec Les Écologistes. Leur victoire lui ouvre la voie de quatre années au Sénat en tant que collaborateur parlementaire. S’il affirme qu’il n’y retournera pas, l’homme est profondément animé de conscience politique.
« Le monde va mal, les gens n’ont jamais été aussi mûrs pour le fascisme, regrette ce père d’un ado de 16 ans et d’une fille de 10 ans. Je trouve l’action politique parfois trop policée et je trouve qu’à Lyon on s’est beaucoup trop fait marcher sur la figure par des gens qui n’en ont rien à faire du bien commun et de protéger les populations fragiles, qui ne sont que dans la protection de leurs intérêts et veulent revenir à des baronnies. J’ai besoin d’être libre dans ma prise de parole pour combattre ces gens à mon échelle. »
L’urgence de faire du bordel…
Alors Antoine cultive sa philosophie du « prendre soin », qui a toujours été au centre de tout ce qu’il fait. Aujourd’hui loin de la réserve parlementaire, il est libre d’essaimer son fun avec Pose Ton Gone, « un nom à crever de rire », note-t-il en passant, hilare à l’idée d’avoir fondé une agence family friendly en rendant hommage à un groupe nommé NTM.

Finalement, c’est du côté des enfants que l’irrévérencieux trouve le plus de sens à agir. « J’ai toujours kiffé les gosses. Ils sont à mourir de rire dans leurs analyses et puis, ils sont curieux. Si on leur donne les clés, le monde ira bien, promet-il. Mais si tu ne protèges pas les jeunes, tu ne sers à rien. C’est pour ça que j’ai beaucoup de mal avec les boomers : à aucun moment ils ne donnent les clés aux gamins. »
Et de prendre soin
Alors, il éduque ses propres enfants à aller vers l’altérité pour essayer de comprendre, à prendre soin, de leur cadre de vie et des gens et, à travers ses événements, tâche de le transmettre à tous les autres. « Il faut faire du bordel vite », conclut le cancre. Et du bazar, il va y en avoir pour les familles à Lyon.
À côté de Pose ton Gone, Antoine fourmille de projets, dont un avec l’agence Des Gens Cools et un autre avec le Transbordeur pour organiser encore plus de fêtes family friendly. On le retrouvera aussi en mai à Mini Sonores, l’édition kids des Nuits Sonores. Pour lui, bien sûr, la fête est politique. « Mais je ne l’intellectualise pas. J’essaie de créer du vivre-ensemble, et de montrer aux gamins des choses belles et funs. »
Pose ton Gone, posetongone.fr. À retrouver chez Les Gamines de la Grand’Côte : ven. 23 janvier (blind test) et 6 février (boom DJ set) 2026. Au 53 Montée de la Grande-Côte, Lyon 1er. [email protected]r
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