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Jeux vidéo : un nouveau monde à explorer loin des clichés

Mis à jour le 25/03/2025
Longtemps diabolisés par les discours alarmistes, les jeux vidéo sont aujourd'hui la première occupation culturelle des Français de tous les âges. Toutefois, ce loisir numérique reste l’objet de nombreuses inquiétudes parentales. Derrière les craintes se cachent pourtant aussi des opportunités insoupçonnées offertes par le jeu vidéo, qui devient outil thérapeutique, pédagogique ou vecteur de lien familial.

En 2024, le jeu vidéo est le loisir préféré des Français : près de 70 % de la population y joue régulièrement. Ce phénomène de grande ampleur se manifeste aussi à Lyon où fleurissent les événements comme le festival Sauve qui peut la vie, impulsé par le collectif Sous les néons qui explore les liens entre jeux vidéo et arts aux Subsistances, ou encore le salon Indie Game dont la 6e édition se déroulera le 10 mai prochain.

Loin des stéréotypes qui le réservent aux adolescents, ce loisir touche un large public. Et ce, dès le plus jeune âge. Psychologue clinicienne spécialisée dans les usages numériques à Lyon, Milan Hung ne s’alarme pas de ce succès auprès des enfants. Dans une certaine mesure et avec des jeux bien choisis, elle y voit même des moyens pour les accompagner.

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« Il n’y a pas vraiment d’âge limite pour commencer à jouer aux jeux vidéo, estime-t-elle, tout dépend du type de jeu. Dès 3 ans, les enfants peuvent déjà appréhender des mécaniques simples telles que l’interaction tactile sur une tablette. Les jeux vidéo peuvent alors devenir des outils de stimulation. »

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Pour les plus petits (3 à 6 ans), la psychothérapeute recommande des jeux simples, basés sur l’interaction avec les objets et les décors plutôt que sur la narration, comme dans Gabby’s Dollhouse ou le jeu vidéo Bluey. Il faudra attendre 6 ans pour introduire des jeux avec une trame narrative et des thématiques plus élaborées, comme Rayman, Mario, Zelda ou Abzû du côté des jeux indépendants.

Abzû jeu vidéo
Abzû © Giant Squis Studios

En France, selon une enquête Ipsos pour l’Observatoire de la parentalité et de l’éducation numérique, près de 66 % des enfants de 6 à 17 ans jouent aux jeux vidéo, avec une moyenne de huit heures par semaine. Au-delà des chiffres, comment vivent-ils cette expérience, et qu’en pensent leurs parents ?

Comprendre et encadrer la passion des jeux vidéo chez les enfants

De nombreux parents adoptent une position ambivalente face aux jeux vidéo. D’un côté rassurés de voir leur enfant engagé dans une activité, ils redoutent aussi qu’une telle passion se transforme en addiction. Si les vieux stéréotypes qui qualifiaient le jeu vidéo de sous-culture lavant le cerveau de nos jeunes tendent à s’effacer, la peur de perdre le lien émotionnel avec l’enfant reste bien présente.

Une inquiétude qui se transforme parfois en une forme de rivalité avec la machine, amenant certains parents à des gestes extrêmes comme détruire la console de leur enfant, comme le rapporte Milan Hung. « Pour certains enfants, la console représente un refuge, alerte-t-elle. La détruire, c’est détruire leur espace de sécurité. »

Elle plaide plutôt pour une approche bienveillante et encourage à une conversation ouverte avec l’enfant sur sa pratique, pourquoi pas en partageant des moments de jeu avec lui. « Cela permet non seulement de poser des limites sans frustration, mais aussi de renforcer le lien familial », observe-t-elle.

Beaucoup de parents s’inquiètent enfin de l’exposition à la violence. S’il faut savoir choisir le jeu vidéo en fonction de l’âge de l’enfant, Milan pointe aussi que « le piège réside dans l’idée que seule la violence visuelle peut causer des blessures psychologiques. » En effet, certains jeux au design doux peuvent aborder des thèmes émotionnellement lourds pour les plus jeunes, à l’instar de Child of light, un jeu de rôle avec un graphisme soigné et une narration poétique qui aborde des sujets comme la maladie et la mort.

Fortnite jeux vidéo
Fortnite © DR

À l’inverse, des jeux très populaires comme Fortnite ne comportent pas de violence graphique explicite, mais présentent d’autres risques, notamment avec le mode multijoueur qui peut exposer l’enfant à des individus malintentionnés, les microtransactions ou les quêtes quotidiennes qui favorisent des comportements addictifs.

Face à ces enjeux, la psychologue rappelle l’importance de l’éducation au numérique et invite les parents à s’intéresser aux jeux vidéo de leurs enfants comme ils le feraient pour des livres ou des films. Comprendre les spécificités de ces jeux permet de créer un cadre adapté et d’encourager les enfants à développer un regard critique sur les contenus qu’ils consomment.

En thérapie avec les jeux vidéo

En 2019, l’Organisation mondiale de la santé a officiellement reconnu le trouble lié au jeu vidéo. Elle caractérise ce comportement addictif par une perte de contrôle avec une pratique de plus en plus intense, malgré des répercussions dommageables sur les centres d’intérêt et les activités quotidiennes du joueur.

Chez certains enfants, les jeux vidéo servent en effet d’échappatoire face à des situations stressantes ou angoissantes. Comprendre les causes profondes de ces comportements est alors essentiel pour mieux les aider. C’est là que les jeux vidéo révèlent un potentiel paradoxal : celui d’outil de médiation en thérapie.

Depuis une dizaine d’années, Milan Hung utilise les jeux vidéo comme support thérapeutique auprès des jeunes de 6 à 17 ans. Dans son bureau, le traditionnel canapé, quelques livres, mais aussi une télévision reliée à une PS4 avec une collection de jeux soigneusement sélectionnés. « L’utilisation des jeux vidéo dépend des besoins du patient, explique-t-elle. Parfois, je joue avec lui à des jeux coopératifs. D’autres fois, il joue seul pendant que je l’observe, ou l’inverse. »

Un espace virtuel d’expression

À travers le jeu, un dialogue se crée et les émotions trouvent un nouvel espace d’expression. Des jeux narratifs comme Gris ou Sea of Solitude offrent un cadre propice pour explorer des thèmes comme la perte, la résilience, la dépression et l’anxiété, tandis que dans Minecraft, les constructions peuvent refléter l’état émotionnel du joueur.

Sea of Solitude jeu vidéo
Sea of Solitude © Electronic Arts

« J’ai eu un enfant qui ne s’intéressait pas du tout à la construction d’une maison, un comportement qui, bien que fonctionnel dans le jeu, révélait en l’occurrence un manque d’investissement et une forme d’appauvrissement de son regard sur lui-même, rapporte la psychothérapeute. À l’inverse, un autre enfant passait des heures à se barricader, ce qui pouvait symboliser une crainte de l’extérieur et un désir de se protéger. »

Elle précise toutefois : les jeux vidéo ne sont pas une solution miracle, mais bien un complément parmi d’autres outils. Pour les plus réservés ou anxieux, la médiation par le jeu vidéo offre une approche plus douce et moins intimidante qu’une conversation classique. L’objectif n’est donc pas de remplacer les moyens de médiation traditionnels (dessin, Lego, jeux de rôle), mais de faire preuve de créativité, en offrant une autre manière ludique d’accéder à l’univers intérieur de l’enfant et un espace virtuel pour s’exprimer sans crainte.

Gris jeu vidéo
Gris © Nomada Studios

Des alliés insoupçonnés de l’apprentissage

Car les jeux vidéo offrent parfois des avantages réels allant au-delà du simple divertissement. Là où certains voient une menace, d’autres perçoivent une opportunité. C’est le cas de Pol Grasland-Mongrain, enseignant, fondateur et président de La Science Entre en Jeu, une association lyonnaise qui utilise le jeu vidéo comme outil de médiation scientifique et éducative.

Pour ce faire, elle organise des « Scientific Game Jams », événements collaboratifs où des scientifiques et des développeurs se réunissent pendant 48 heures pour créer un jeu autour d’un sujet de recherche de doctorant·e·s. « L’objectif est d’apporter une dimension pédagogique tout en veillant à ce que le jeu reste amusant. Nous ne voulons pas créer de simples applications éducatives », précise Pol. Les jeux développés lors de ces événements sont ensuite proposés gratuitement sur le site de l’association.

Le goût des sciences par les jeux vidéo

De l’ethnologie à l’astrophysique, en passant par l’histoire et la biologie, toutes les sciences sont explorées et chaque jeu propose une expérience unique. Clostridioides, par exemple, plonge le joueur dans la problématique de la résistance bactérienne, en mettant en scène une bactérie de plus en plus résistante aux antibiotiques. De son côté, Eye Robot permet d’explorer les propriétés optiques de l’œil humain à travers des énigmes alliant logique et aventure.

Mesozoic Panic jeux vidéo
Mesozoic Panic © La Science entre en Jeu

Les passionnés de science-fiction se régaleront avec Starlight Expedition, où ils doivent construire un panneau solaire pour alimenter des appareils spatiaux, dans un jeu inspiré de Tetris. Pour un voyage dans le passé, Mesozoic Panic permet d’incarner un dinosaure luttant pour sa survie durant le Crétacé tandis que Paléo Passion : Archéologue invite à reconstituer un homme du Paléolithique.

La médecine et la technologie ne sont pas en reste : Sonobulle explore l’utilisation des ultrasons pour traiter des cellules cancéreuses, tandis que Neurobot initie le joueur aux bases de l’intelligence artificielle dans un cadre ludique. Enfin, les amateurs de sensations fortes trouveront leur compte avec Run, Proton, Run, qui transforme une course moléculaire en expérience stratégique, et IASO, qui propose de dépolluer l’espace autour de la Terre, alliant arcade et sensibilisation écologique.

Un complément à l’apprentissage, qui à ses limites

Avec cette collection de jeux riche et diversifiée, la science devient une véritable aventure et chaque partie une occasion d’apprendre en s’amusant. Cependant, l’apprentissage par le biais des jeux vidéo présente des limites, comme le souligne Pol : « Je ne pense pas que les jeux vidéo puissent remplacer les méthodes d’enseignement traditionnelles. Ils les complètent ou les enrichissent », nuance-t-il.

Et parfois, ils sèment le doute. À l’instar de films comme Gladiator, les jeux historiques Age of Empires peuvent véhiculer des idées erronées sur l’Histoire. Ces anachronismes, qui font partie de la fiction, deviennent néanmoins des supports d’étude intéressants.

Les jeux vidéo brillent véritablement lorsqu’ils sont intégrés dans des méthodes pédagogiques actives où l’élève est acteur de son apprentissage. Par exemple, certains enseignants d’histoire font jouer leurs élèves à la saga Assassin’s Creed pour étudier des périodes comme l’Égypte antique, la Renaissance italienne ou la Révolution française. Une méthode d’analyse proche du film documentaire qui permet de renforcer leur compréhension du contexte historique de manière immersive.

Grâce à des initiatives comme celles de l’association La Science Entre en Jeu, le jeu vidéo prouve qu’il peut trouver sa place dans l’éducation, à condition d’être utilisé de manière réfléchie et complémentaire. Il devient alors un outil de réflexion et offre une nouvelle dimension à l’apprentissage, à la fois ludique et enrichissante.

Depuis les années 1980, Lyon s’est affirmée comme un bastion incontournable de l’industrie du jeu vidéo en France. Berceau historique de grands studios tels qu’Infogrames ou Eden Games, la ville continue de rayonner grâce à une scène indépendante vibrante, portée par des créateurs passionnés et des initiatives collaboratives.

L’association Lyon Game Dev incarne parfaitement cette dynamique plus autonome et diversifiée. « Notre mission est de brasser l’écosystème du jeu vidéo lyonnais. On réunit des professionnels, des étudiants et des indépendants pour qu’ils puissent échanger et créer des opportunités », explique Solenne Marty, présidente de l’association.

Surmount jeu vidéo
Surmount © Indiana-Jonas & Jasper Oprel

Créés en 2013, les meetups mensuels de l’association, qui rassemblent jusqu’à 120 participants dans des bars lyonnais, témoignent de l’engouement grandissant pour cette communauté. Ce dynamisme s’exprime également à travers le succès du salon Indie Game Lyon, organisé à Villeurbanne.

Cet événement dédié à la scène du jeu vidéo indépendant offre une visibilité précieuse à des créateurs souvent méconnus. « L’idée du salon est née en voyant passer des projets incroyables dans notre communauté. Il fallait leur donner plus de visibilité », confie Bettina Delaveaud, sa coordinatrice générale.

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Bien plus qu’une simple exposition de jeux, le salon propose des tables rondes et des conférences animées par des experts, abordant des sujets allant des défis financiers des studios indépendants à l’évolution des pratiques vidéoludiques.

Un rendez-vous incontournable qui attire un public varié, des professionnels aux familles curieuses de découvrir les coulisses de la création. Avec son festival Sauve qui peut la vie qui célèbre la créativité et l’audace des jeux indépendants et des projets artistiques hybrides, le collectif Sous les néons contribue lui aussi à enrichir cette scène locale en explorant les pratiques alternatives du jeu vidéo.

Une alternative idéale pour les enfants

Pour les familles, cette effervescence du jeu indépendant offre une alternative intéressante aux gros blockbusters vidéoludiques. Contrairement aux superproductions, souvent conçues pour une immersion longue et complexe, les jeux indépendants se distinguent par leur liberté créative et leur audace, misant souvent sur des formats plus courts et une direction artistique forte. Cela permet de découvrir des univers captivants tout en stimulant davantage la créativité des jeunes joueurs.

Maths Ascension Jeu Video Independant Pour Les Enfants Au Salon Indie Game Lyon © Pestorosso Studio
Maths Ascension, jeu présenté au salon Indie Game Lyon © Pestorosso Studio

« Ce sont souvent des jeux qu’on peut finir en deux ou trois heures, ce qui en fait une bonne porte d’entrée pour les jeunes joueurs, explique Bettina Delaveaud. Ils peuvent ainsi découvrir différentes expériences sans que cela ne monopolise tout leur temps libre. » En tant que parents, opter pour des jeux indépendants, c’est donc faire le choix de la diversité.

En effet, ceux-ci proposent souvent des expériences plus authentiques et originales, loin des mécaniques addictives et de la violence trop présente dans les jeux les plus populaires. Que ce soit pour des moments de contemplation, des aventures palpitantes ou des fous rires partagés, les jeux indépendants réservent bien des trésors à explorer. Alors, à vos manettes !

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Le jeu vidéo Flock © Annapurna Interactive

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