Les artistes de l’atelier partagé Le Bocal (Lyon 7e) ont toujours nourri une curiosité particulière à l’égard du travail de leurs contemporains, allant jusqu’à les exposer fréquemment. De là à les éditer, il n’y aurait qu’un pas ? « On en parlait régulièrement entre nous, confie Lucie Albon, autrice et illustratrice, connue pour ses grands collages d’enfants aux visages doux dans l’espace public lyonnais. Mais personne n’avait vraiment le courage, ou le grain de folie, de se lancer. »
Jusqu’à cette fin d’année 2025 où Nicolas Brachet et Jérôme Paulat décident de sauter le pas et fondent les éditions Désirée dans l’idée de publier des romans et BD à destination des adultes. Lucie les rejoint immédiatement pour y développer un label jeunesse : Pépin.
Publier des livres pour enfants qui ne sortiraient pas ailleurs
Interrogée sur la ligne éditoriale de Pépin, Lucie ne tranche pas : « L’idée est qu’elle se construise au fur et à mesure, d’aller vers ce qui nous semble intéressant, et peut-être aussi d’être là pour des projets qui ne pourraient pas sortir ailleurs ». C’est le cas de la première parution de la maison d’édition, prévue au printemps : le nouvel album d’Isabelle Carrier, autrice et illustratrice de la région grenobloise, connue pour La petite casserole d’Anatole, délicat ouvrage de référence sur le thème de la différence, adapté par la suite au théâtre et en animation.
Un premier album sur le thème de l’emprise
Pourtant, avec son nouveau projet, Papillons roses et poisson rouge, Isabelle a essuyé le refus de tous les éditeurs consultés. « Tout le monde lui a dit » c’est super, mais ce n’est pas pour nous « », pointe Lucie. En cause, le sujet du livre : les abus sexuels et l’emprise d’un adulte sur une petite fille. « C’est vrai que le sujet est difficile, mais aujourd’hui ce sont trois enfants par classe qui sont touchés par des abus, affirme Lucie. Il faut que ce livre existe : il n’y en a quasiment pas en jeunesse. C’est parce que le sujet est tabou, or tant qu’il sera tabou, les gens pourront faire de ce qu’ils veulent ! »
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Celle qui ressent « une responsabilité à soutenir la parole d’Isabelle », rassure cependant sur le contenu de l’album, qui ne comprend que très peu de texte. Tout passe par l’illustration. « Il n’y a pas de violence dans le livre, mais dans les faits. Isabelle reste suffisamment à distance pour que quelqu’un qui n’est pas du tout concerné ne ressente pas [cette violence] comme telle et que quelqu’un qui le serait — un adulte qui sait que ça existe ou un enfant qui la subit — sache tout à fait de quoi on parle. »
L’éditrice voit en outre cet album « à l’endroit de La petite casserole », à savoir « un support » aidant les professionnels de la protection de l’enfance, voire les enseignants, à sensibiliser les enfants à la maltraitance qui pourrait leur être infligée.

Une impression et une diffusion locales
Dans la foulée, Pépin sortira un album, « plus léger » : celui de l’illustratrice lyonnaise Camille Gobourg qui s’aventure désormais également sur le terrain de la narration. « C’est un livre très poétique, qui raconte la vie dans un arbre, avec des choses concrètes mais aussi décalées », présente Lucie Albon qui compte publier deux à trois livres par an. L’impression se fera localement, tout comme — au moins dans un premier temps — la diffusion en librairie.
Pour assurer la sortie de Papillons roses et poisson rouge d’Isabelle Carrier, Pépin lance une campagne de financement participatif d’un mois et demi, à compter de ce lundi 19 janvier 2026. Une initiative que Grains de Sel ne peut que soutenir.
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