Par Clarisse Bioud /

La psycho­logue clini­cienne Anaïs Candel a fait de la motri­cité et du jeu libres le socle de son champ d’in­ter­ven­tion auprès des enfants et de leurs parents. Une démarche qu’elle pousse aujourd’­hui plus loin avec Tataya, une struc­ture qu’elle a créée fin 2020, où elle invite les familles à (re)trou­ver le plai­sir de jouer, natu­rel­le­ment.

En ces temps de moral en berne géné­ra­lisé, il suffit d’échan­ger une heure avec Anaïs Candel pour repar­tir gonflé à bloc ! On imagine sans peine quelle éner­gie et quelle confiance la jeune femme à la voix douce et enjouée vient donner aux enfants, et aux parents, dans l’exer­cice de son métier de psycho­logue clini­cienne. Spécia­li­sée dans le suivi de personnes en situa­tion de handi­cap, et notam­ment de troubles autis­tiques, formée à Lyon et au Québec, Anaïs s’est rapi­de­ment atta­chée, lors de ses études, à la pratique du jeu libre, très tôt déve­lop­pée chez nos voisins québé­cois et d’Eu­rope du Nord, mais incon­nue en France pendant long­temps : « C’est la possi­bi­lité pour l’en­fant d’éla­bo­rer son jeu à partir de ses compé­tences du moment et de ses envies, sans que personne, en amont, n’ait défini d’at­tente ou de fina­lité. Il est dans un contexte favo­rable à l’ex­plo­ra­tion qui lui permet, sans savoir à l’avance où il va, de déve­lop­per des appren­tis­sages à son rythme et dura­ble­ment. » Une démarche natu­relle selon Anaïs, qui y voit aussi pour les enfants et les parents la possi­bi­lité de « vivre ensemble sans que les uns subissent comme une contrainte les besoins des autres. » La jeune femme connaît bien le monde de l’en­fance, elle qui fut très tôt baby-sitter, puis éduca­trice spor­tive, auxi­liaire de vie scolaire, avant d’exer­cer comme psycho­logue dans un Insti­tut médi­co­édu­ca­tif. Mais à la nais­sance de sa fille, après avoir lutté des années pour faire entendre les besoins spéci­fiques et la néces­saire inclu­sion des enfants qu’elle suivait, elle réalise que même pour un enfant sans spéci­fi­cité parti­cu­lière, la société ne propose pas d’équi­pe­ment adapté. Tout se précise aux 7 mois de sa fille : « À cet âge-là, il y a une étape dans le déve­lop­pe­ment de l’en­fant dont on parle assez peu : le besoin de grim­per, de se hisser. Si son envi­ron­ne­ment est adapté, il va le faire de façon spon­ta­née. Sinon, il le fera vers 4–6 ans, mais avec une certaine appré­hen­sion du danger. » Faute de trou­ver autour d’elle les équi­pe­ments permet­tant cette quête d’as­cen­sion, Anaïs décide d’ins­tal­ler chez elle un mur d’es­ca­lade sur lequel elle se réjouit d’ob­ser­ver sa fille assou­vir son besoin natu­rel de grim­pette. Et mûrit en elle l’idée de propo­ser à d’autres familles ce qu’elle sait indis­pen­sable à leur bien-être : des moments de partage autour du jeu, qui permet­tront aux parents de renouer avec leur part d’en­fance et aux enfants d’ex­pé­ri­men­ter sans réflé­chir tout en mettant en œuvre leurs appren­tis­sages. Du haut de ses 8 mois, sa fille baptise le projet par un mot sonnant comme un cri du cœur : Tataya !

PLACE AU JEU, SANS ENJEUX

Un projet qui sera plusieurs fois repoussé par les aléas de la vie, dont un certain confi­ne­ment. Durant ce temps suspendu, Anaïs a exercé son métier de psycho­logue à temps plein pour soute­nir des familles que la période inédite plaçait en très grande diffi­culté. Puis, après quelques tests dans des lieux tels que Les enfants du Tarmac à la Croix-Rousse, elle lance Tataya en décembre, basant sa commu­ni­ca­tion sur Insta­gram et le bouche à oreilles des familles qui lui font confiance. Elle leur propose de louer des univers clef en main, et les accom­pagne dans leur expé­ri­men­ta­tion. Loin d’elle l’idée de leur servir de la théo­rie : « Je veux que les choses partent de ce que les gens vivent, eux. Car tant qu’ils ne se posent pas les ques­tions, ça ne sert à rien de leur appor­ter les réponses !  » Pour cela, rien de mieux que le jeu libre qui « n’a pas d’enjeux  ». On profite et on lâche prise… Car combien de parents recon­naissent ne pas savoir jouer avec leurs enfants ? Pire, combien d’entre eux n’y trouvent aucun plai­sir ? Une vérité diffi­cile à avouer : n’est-on pas mauvais parent si on ne s’éclate pas à jouer au Misti­gri ? Anaïs, elle, pose une autre ques­tion : « Qu’est-ce que jouer ? J’aide les parents à réflé­chir à ce qu’ils aiment, à ce qui leur fait plai­sir, à ce qu’ils veulent trans­mettre à leurs enfants. Car c’est l’étin­celle allu­mée chez eux qui donnera envie à leur enfants de faire comme eux. »

ON A TESTE LE PLATEAU JURASSIQUE !

Avouons-le : on a pris un peu peur à la vue de ce plateau de 90 cm2 et de l’énorme sac qui l’ac­com­pa­gnait. Mais une fois l’af­faire instal­lée au milieu de la chambre, et le décor planté (des dino­saures plus vrais que nature de la marque Schleich, des feuillages et des rondins de bois), on a su que toute la famille allait bien s’amu­ser. Car dans le sac se trou­vaient un volcan et les ingré­dients néces­saires pour provoquer son érup­tion (vinaigre blanc, bicar­bo­nate de soude et colo­rant rouge), de la pâte à sel avec des emporte-pièces en formes de dino, et un petit plateau pour y pratiquer d’autres acti­vi­tés de motri­cité fine, avec du sable, des copeaux de bois, des cris­taux et des outils pour patouiller dedans. Durant trois jours, la plus jeune de la famille (7 ans) a joué en toute auto­no­mie (sauf pour le volcan)… rapi­de­ment rejointe par sa grande sœur (12 ans) ravie de replon­ger dans le plai­sir de jouer, loin de tout écran.

Plus d’in­fos sur linktr.ee/Tataya et le compte Insta­gram @tataya_fr

Tarifs : à partir de 12 € l’ate­lier créa­tif, 60 € le plateau, 80 € l’uni­vers

(le tarif dépend de la durée de loca­tion).