Passer une jour­née entière au théâtre de la Croix-Rousse avec les enfants ? Vrai­ment ? Voilà ce que propose Une épopée, une aven­ture fantas­tique en quatre épisodes, entre­cou­pés d’un pique-nique et d’une sieste musi­cale. Rencontre avec son créa­teur : Johanny Bert.

Comment avez-vous eu cette idée folle d’in­ves­tir le théâtre de cette façon, pour les enfants?
J’avais envie de parta­ger avec des enfants et des familles ce qu’on peut vivre, nous adultes, devant un très long spec­tacle : une sorte de machine théâ­trale. Mais j’avais quand même à l’idée qu’on fait pour eux des spec­tacles cali­brés, selon leur âge et leur capa­cité d’at­ten­tion. J’ai donc pris conseil auprès d’en­sei­gnants et de pédo­psy­chiatres. Les ensei­gnants m’ont très juste­ment dit qu’ils les avaient bien toute une jour­née à l’école, eux ! On connaît, sur la jour­née d’un enfant, les moments creux, ceux où il a besoin d’être dans quelque chose de physique, ceux où il a une atten­tion plus intel­lec­tuelle… J’ai donc proposé à quatre auteurs et autrices d’écrire un prin­cipe d’aven­ture qui nous entraîne sur une jour­née, mais avec des pauses qui font partie inté­grante du spec­tacle. Ce sont des temps de régé­né­ra­tion pour les enfants qui vont parler entre eux de ce qu’ils ont vu ou se deman­der ce qui va se passer après.

De quoi parle Une épopée?
Je ne peux pas vrai­ment révé­ler le début, mais on est parti sur une famille d’aujourd’­hui confron­tée à la redé­cou­verte de notre monde actuel. Des catas­trophes clima­tiques s’an­noncent et deux enfants – un frère et une sœur – se retrouvent avec le monde dans les bras. On s’est dit qu’une épopée d’aujourd’­hui devait porter sur des terres à sauve­gar­der plutôt qu’à conqué­rir. On peut toujours trier nos déchets avec les enfants, mais ils entendent par les médias des choses beau­coup plus grandes qui les dépassent complè­te­ment. C’est d’ailleurs le sens d’une épopée : une grande cause qui dépasse l’hu­main ! L’épopée contem­po­raine, c’est la ques­tion écolo­gique, notam­ment au regard d’un enfant de 8–10 ans, avec cette ques­tion qui taraude les parents : « Quel monde je vais lais­ser à mon gamin ? » Il y a aussi l’idée qu’on ne peut pas toujours dire que c’est la faute des autres. Il y a donc une dimen­sion active dans le spec­tacle, même s’il n’est pas péda­go­gique. C’est une aven­ture fantas­tique qui parle du monde actuel de manière poétique.

Comment se découpe le spec­tacle concrè­te­ment ?
Notre histoire est construite en quatre parties, deux le matin, deux l’après-midi, et chacune se termine par une énigme. Après le pique-nique du midi qui est pris dans le théâtre, le spec­tacle redé­marre par une sieste acous­tique où chaque enfant peut s’ins­tal­ler où il veut dans le théâtre avec un casque sur les oreilles : un person­nage lui raconte la suite de l’his­toire.

Comment avez-vous travaillé avec vos auteur·i­ce·s, qui ont des univers si diffé­rents ?
On a écrit l’his­toire ensemble, puis on a réparti un acte par auteur. C’était vrai­ment impor­tant qu’on entende la voix de chacun d’eux. On commence avec Arnaud Cathrine, dont l’écri­ture cise­lée et sensible corres­pond bien au secret révélé au départ. Puis, quand les enfants redé­couvrent le monde, c’est Gwen­do­line Soublin, qui a un style foison­nant, imagé, très drôle

Le spec­tacle semble d’ailleurs très joyeux !
Oui c’est assez fou, avec une sorte d’im­per­ti­nence, de l’humour et de la fantai­sie. On a sept comé­diens, un musi­cien, des marion­net­tes… C’est une aven­ture fami­liale : on sent qu’il y a un vrai plai­sir des adultes à parta­ger ça avec les enfants et réci­proque­ment parce que le spec­tacle parle notam­ment du rapport enfant/parent. Pour les enfants, il y a aussi le plai­sir de ne pas s’as­seoir au même endroit dans la salle après chaque pause. Ils peuvent voir le spec­tacle sous diffé­rents angles !

Vous qui faites aussi du théâtre dit adulte, comment abor­dez-vous la créa­tion d’un spec­tacle jeune public ?
Mes pièces n’ont de sens que parce qu’elles seront montrées. Je ne veux pas plaire abso­lu­ment, mais j’ai toujours cette conscience du spec­tacle vivant : qui regarde ? D’où regarde-t-il ? Que voit-il ? Que lui raconte-t-on ? Pour moi, il y a une forme d’honnê­teté vis-à-vis du spec­ta­teur. Et pour les enfants, s’ajoute la notion de respon­sa­bi­lité. Si on leur parle d’écolo­gie, il faut le faire bien, car on va peut-être lais­ser des traces dans leur esprit. Les enfants sont des petits philo­sophes en puis­sance. Je ne les crois pas si naïfs que ça, et peut-être parfois moins que nous. Je leur fais confiance.

Infos pratiques

• Une épopée sur le web
Dédié aux enfants, le site une-epopee.com leur explique comment la pièce a été construite et en quoi consistent les métiers de scéno­graphe, comé­dien, déco­ra­teur… avec des photos et vidéos de répé­ti­tions. Ils pour­ront aussi y lais­ser un commen­taire après la repré­sen­ta­tion.

Une épopée, les samedi 11 et dimanche 12 juin, à 10h30.
Théâtre de la Croix-Rousse, place Joan­nès-Ambre, Lyon 4e. 04 72 07 49 49. Durée : 6h avec pique-nique et entractes. croix-rousse.com
10h30–11h30 : partie 1 • 12h-13h : partie 2 • 14h10–15h : partie 3 • 15h30–16h30 : partie 4.
Tarifs : de 5 à 27 €.

Article rédigé par Clarisse Bioud • Photo d’ou­ver­ture : © Chris­tophe Raynaud de Lage