Produits par les Anglais pour faire la nique à Holly­wood, en pleine Seconde Guerre mondiale, Le Voleur de Bagdad offre aux enfants un voyage chatoyant et désuet dans l’un des plus fameux contes des Mille et une nuits: Alad­din.

Le machia­vé­lique grand vizir Jaffar a détrôné le jeune prince Ahmad, trop proche de son peuple, et l’a fait jeter en prison où il se lie d’ami­tié avec Abu, un enfant des rues qui survit de petits vols. Après s’être évadés, ils sont rattra­pés par le mage qui rend le prince aveugle et trans­forme Abu en chien. Réduit à l’état de mendiant, Ahmad, aidé de son fidèle compa­gnon, part à la recherche de sa bien-aimée, sans imagi­ner qu’elle est aussi convoi­tée par son ennemi qui souhaite l’épou­ser. 

Alad­din avant l’heure

Avant que Walt Disney ne s’in­té­resse à ce célèbre conte orien­tal pour réali­ser son cultis­sime Alad­din, d’autres cinéastes avaient déjà pavé le chemin en portant à l’écran les aven­tures de ce valeu­reux jeune homme affron­tant le vizir et le génie – qui n’a ici rien du person­nage chaleu­reux qu’on connaît. Ce grand film d’aven­tures hanté par le thème du regard et produit en 1940 sous la houlette de Ludwig Berger et Michael Powell, rencontre une nouvelle géné­ra­tion de ciné­philes à l’oc­ca­sion de sa restau­ra­tion il y a une dizaine d’an­nées.

Le Voleur de Bagdad défie Holly­wood

Tourné il y a plus de huit décen­nies, il était déjà le remake d’un film réalisé par Raoul Walsh en 1924. Il s’agis­sait avant tout d’un projet de produc­teurs britan­niques qui souhai­taient riva­li­ser avec Holly­wood. Mais le tour­nage fut compliqué car, en plus de néces­si­ter l’in­ter­ven­tion succes­sive de trois réali­sa­teurs, il dut affron­ter d’in­nom­brables défis logis­tiques et s’adap­ter au contexte de la Seconde Guerre mondiale, qui entraîna d’ailleurs sa délo­ca­li­sa­tion.

La première du fond vert

Avec son univers chatoyant et son regard fantasmé sur l’OrientLe Voleur de Bagdad n’a pour­tant rien perdu de sa force d’évo­ca­tion. Il offre un enchan­te­ment visuel, certes désuet mais toujours intact, pour petits et grands en mal d’aven­tures. Si la tech­no­lo­gie a depuis fait de prodi­gieuses avan­cées en matière d’ef­fets spéciaux, c’est lors du tour­nage du Voleur de Bagdad qu’a été inven­tée la tech­nique d’in­crus­ta­tion dite du « fond vert ». Elle consiste à filmer une scène d’ac­tion devant un fond vert, pour ensuite l’in­crus­ter dans une autre image.


Le Voleur de Bagdad de Ludwig Berger, Michael Powell, Tim Whelan, sorti en France en 1946. Dès 7 ans. Durée: 1h45.

Article rédigé par Thomas Périllon • Photo d’ou­­ver­­ture: © DR