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À l’École des savoirs partagés, « chaque enfant est pris en compte dans sa personnalité, mais aussi au sein d’un collectif »

Mis à jour le 03/06/2026
Une nouvelle école élémentaire alternative ouvre ses portes à Lyon 3e à la rentrée 2025. Par les pédagogies critiques et Freinet, l’École des savoirs partagés veut accompagner les enfants vers l’acquisition des savoirs fondamentaux, mais aussi le vivre ensemble, le plaisir d'apprendre et la démocratie directe. Robin Purgus, co-fondateur, présente cette structure qui peut accueillir une cinquantaine d’enfants dans trois classes.

Après une première année de fonctionnement, l’École des savoirs se prépare pour sa seconde rentrée ! Les inscriptions pour septembre sont ouvertes et l’école organise ses portes ouvertes le mercredi 2 juillet de 14h à 16h dans ses locaux.

Pourquoi une école alternative ?

« On tire le constat que l’école dans sa forme la plus répandue ne permet pas le plein épanouissement des enfants. Nous entendons par là la compétition permanente entre les élèves, la hiérarchie structurelle, l’évaluation constante qui abîme l’estime de soi, la pédagogie unique pour des individus qui sont tous différents, les disciplines valorisées au prix de la quasi disparition d’autres formes de savoirs et de compétences…

On voulait créer un cadre à l’écoute du rythme et des aspirations de l’élève. Notre équipe est formée à la lutte contre la prévention des violences éducatives ordinaires, l’accompagnement des enfants aux profils « atypiques » et est issue pour la plupart de l’éducation populaire, en milieu scolaire et en-dehors. 

Quelles sont vos sources de financement ?

C’est une école associative hors contrat, donc on ne reçoit pas de dotation de l’État. On travaille avec des mécènes – pas d’entreprises et pas forcément en lien avec les pédagogies alternatives – et on a lancé une campagne de financement participative. On souhaite être le plus accessible possible pour favoriser la mixité sociale, très importante pour nous. Nous avons donc des tarifs évolutifs en fonction de la situation de la famille, avec un premier palier à 1500 € l’année. Un simulateur sur notre site internet permet de calculer facilement le coût pour son enfant.

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En quoi consistent les « pédagogies critiques » que vous employez ?

Elles sont beaucoup portées par Paulo Freire, pédagogue brésilien qui a pensé la relation pédagogique pour qu’elle ne soit pas source de domination, et la question de l’éducation de concert avec celle de l’émancipation. Cela rejoint notre volonté de permettre aux enfants de développer leur capacité d’agir et de penser.

Ça passe notamment par l’exercice d’une démocratie directe au sein de l’école qui ne se limite pas à l’élection d’un délégué de classe : on organise chaque semaine des forums où ils s’expriment, mettent des points à l’ordre du jour… Nous avons aussi des classes multi-niveaux pour laisser émerger de l’entraide et se créer des liens. Ce qui n’exclut pas de travailler en groupe de niveaux sur des travaux donnés.

Comment s’appliquent-elles dans votre école ?

Les temps d’apprentissage ont deux grands formats. D’abord le « plan de travail », hérité de la pédagogie Freinet. Il s’agit d’un document fait sur mesure pour chaque élève pour la semaine avec des tâches à accomplir dans différentes matières – les plans suivent les notions fondamentales de l’Éducation nationale – et dans l’ordre qu’il veut.

Chacun a ainsi un plan adapté à son rythme et ses besoins. Pensés de manière continue sur l’année et évolutifs, ils permettent de faire un suivi de l’élève sans évaluation, de repérer les points d’amélioration…

On travaille aussi à partir de supports, qui peuvent être proposés par l’élève (sa passion, un livre qu’il a aimé…). De là, on imagine un travail de recherche, un exposé… L’idée est de partir des intérêts des enfants pour que l’acquisition des savoirs soit liée à leur vie, et de les rendre acteurs de leur apprentissage pour stimuler leur curiosité. On pense que c’est ça qui crée le plaisir d’apprendre et la motivation.

Lire aussi sur Grains de Sel : Et si on faisait l’école dehors ?

Nous valorisons aussi les savoirs non-académiques lors d’après-midis créatifs. Les élèves y découvrent les arts manuels ou plastiques, un sport… Ils proposent des projets, qui durent un après-midi ou sur l’année. Cela peut être de créer ou adapter une pièce de théâtre, ou bien du débat pour apprendre à exprimer son point de vue.

Ces temps permettent aussi de sortir de l’école pour aller tisser du lien avec le quartier. S’il y a un ébéniste, peut-être qu’on peut aller découvrir son métier… L’idée est d’ouvrir l’école sur sa société, car ce sont des pédagogies qui sont tournées vers le vivre-ensemble et on ne souhaite pas que notre structure soit une bulle.

Certaines pédagogies alternatives suscitent la méfiance…

Il y a des écoles qui sont assimilées à une forme de secte. Ce sont des réalités. Steiner-Waldorf a une tendance ésotérique qui est problématique… Mais les champs pédagogiques dans lesquels on se situe ne sont pas du tout connotés religieusement. On est une école laïque et que ce soit Paulo Freire, Freinet ou d’autres figures contemporaines de ces courants, aucune question de ce genre ne se pose.

Dans notre formation, ce sont des choses auxquelles on est sensibilisé et dont on se méfie. Notre école ne se centre pas sur le bien-être individuel comme le promeuvent certaines mouvances qui peuvent dériver vers des questions d’énergie. On n’a pas besoin de passer par la case métaphysique pour construire un réel vivre ensemble. 

Votre école alternative instaure « un rapport plus horizontal entre les adultes et les enfants ». Comment trouver le bon équilibre ?

Il y a quand même un cadre et des règles. Être libre ne veut pas dire faire ce qu’on veut. Chaque personne est prise en compte dans sa personnalité, mais aussi au sein d’un collectif. On prend en compte les différences de chacun, et chacun à la mission de le faire pour les autres. Pour cela, on édicte avec les enfants des règles en début d’année, en se posant la question : « est-ce qu’on veut qu’elles soient les mêmes pour tous, ou peut-on les adapter à des personnes qui ont des besoins spécifiques ? »

Cela ne fait cependant pas l’économie du rôle des adultes en tant que pédagogues responsables de la sécurité morale, physique et psychologique des élèves. Le manque de cadre peut constituer une violence éducative ordinaire, avec des enfants qui ont de grandes difficultés à penser leur rapport au collectif – ce qu’on retrouve dans certains préceptes liés aux pédagogies positives qui parfois nient le bien-fondé de mettre un cadre sécurisant à l’enfant. Cadre qui, certes, peut le frustrer, mais bénéficie au collectif et fait partie de l’apprentissage de la vie. »

École des savoirs partagés, 2 rue Pierre Bourdan, Lyon 3e. Inscriptions possibles tout au long de l’année. Réunions de présentation en visioconférence tous les jeudis de 18h30 à 19h30. Pour rencontrer l’équipe : 06 51 61 62 35. ecoledessavoirspartages.fr

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© Margaux Burlot

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