Débonnaire, le sourire toujours prêt à éclore, Jonathan couve de regards attentifs Jules*, assis à ses côtés et qui a, lui, la réserve de ses 14 ans. Quand il hésite face à nos questions, Jonathan lui laisse le temps et, s’il le sent trop intimidé, prend la parole pour le guider. Il est son « papa de cœur », rencontré grâce aux Enfants de Bohème.
Implantée dans l’Ain, la Métropole de Lyon et en Ardèche, l’association permet de « parrainer » des enfants confiés à l’Aide sociale à l’Enfance pour leur donner l’opportunité de construire des liens avec un adulte de confiance. Outre ce parrainage de proximité, elle accompagne à l’« accueil durable et solidaire », soit l’accueil d’un enfant au quotidien chez soi « pour lui offrir une vie familiale stable et un lien d’attachement durable », prévient la structure.
Un engagement bénévole fort, qui « implique de construire une nouvelle forme de parentalité ». Jonathan y était prêt, lui qui avait déjà tenté d’adopter un enfant. Les travailleurs sociaux l’avaient alors réorienté vers l’association. C’est en août 2023, après un entretien avec l’assistante sociale et une psychologue puis six mois d’attente, qu’il a enfin rencontré Jules, alors âgé de 12 ans et en foyer de l’enfance à Bourg-en-Bresse.
Deux trajectoires qui se reconnaissent
Quelque temps auparavant, Jules avait demandé à ses éducateurs à « avoir un père. » « Je n’ai pas eu la chance d’en avoir, le mien était absent et super strict, s’ouvre l’adolescent. Mes parents ne pouvaient pas s’occuper de moi ni de mes frères et sœurs. Ils se sont séparés et nous, on est partis dans un foyer. » De famille d’accueil en famille d’accueil, l’adelphie endure un parcours chaotique et se retrouve séparée. Sévérité des accueillants, phobie scolaire : Jules ne se sent à sa place nulle part. Et finit par retourner en foyer.
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Jonathan est alors entré dans sa vie lors d’une première visite encadrée par l’éducatrice et l’assistante sociale. À la demande de Jules, ils se sont vus de plus en plus. « Il est d’abord venu à la maison le week-end, puis quelques jours pendant les vacances… Jusqu’à une arrivée à temps complet en juillet 2024 », retrace Jonathan.
Aujourd’hui, cet enfant qui manquait d’un père et ce père qui désirait un enfant partagent un foyer rempli de tendresse et de complicité. AESH depuis 16 ans et animateur, Jonathan connaît bien les adolescents. « Je suis facilement leur confident, ça facilite le lien avec Jules. Je sais comment il va réagir… C’est comme si on se connaissait depuis longtemps. »
Famille de cœur
Comment construire un lien de confiance et d’intimité quand aucun lien de sang ne nous relie ? « Ça dépend des personnes, répond Jules, mais nous, on a vite été fusionnels. » « J’ai senti un déclic le jour où, parce qu’il avait peur de se retrouver à la rue à 18 ans, je lui ai dit : « Ça n’arrivera jamais parce qu’il y aura toujours ta chambre à la maison » », poursuit Jonathan. Là où les familles d’accueil sont payées jusqu’aux 18 ans de l’enfant, Jonathan accueille Jules « avec le cœur, pas pour l’argent. Je pense que ça l’a aidé à avoir confiance », témoigne-t-il.
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L’ado confirme : la plus belle preuve d’amour de Jonathan, « c’est quand il m’a dit qu’il ne m’abandonnera jamais, peu importe ce que je fais ou dis ». Aujourd’hui, dans les moments d’intimité, il l’appelle parfois « papa ». Et quand ses copains lui demandent comment il le considère, il répond sans hésiter : « comme mon père ». Un sourire s’étire sur le visage de Jonathan.
« Jamais je ne le quitterai »
L’adolescent a aussi adopté la famille de son père de cœur, avec qui il a tissé de grands liens. Ce qui ne l’empêche pas, aussi, de garder contact avec la sienne, biologique. Lors de courtes visites médiatisées, il continue de voir sa mère, et une fois par mois, rencontre ses frères et sœurs sur l’impulsion de Jonathan. « Mon but n’est pas d’annihiler tout ce qu’il s’est passé avant, mais de bâtir quelque chose qui puisse l’aider à se construire de manière saine », explique-t-il.
Alors, il a initié des appels téléphoniques, puis des soirées au restaurant avec la famille d’accueil de ses frères et sœurs, des après-midi à la maison… Jusqu’à dormir une fois par mois chez les uns et chez les autres. Comme n’importe quel parent, Jonathan veille ainsi au bonheur et à l’épanouissement de Jules.
« Il sait qu’à 18 ans, on va entamer les démarches pour faire une adoption simple, confie même le parent. Après, comme je lui dis, c’est un bout de papier ; l’important, c’est ce qu’il se passe dans le cœur. On fait famille lorsqu’on se choisit mutuellement. » Tout de même, Jules affirme qu’il adorerait « extrêmement » officialiser leur lien de cœur. Quand il sera grand, il en est sûr, il sera « toujours à ses côtés ». « Jamais je ne le quitterai. »
*Le prénom a été modifié à la demande de la personne.
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