« Papa il danse ! », s’exclame la petite Elya lorsqu’elle voit Edeha Noire à la télé. Car celle qu’elle nomme « papa Edeha Noire » est une star : une drag queen lyonnaise, passée dans l’émission Drag Race France à l’été 2024. Du haut de ses 4 ans, Elya sait très bien le métier que fait son « papa » biologique. « Elle est très intelligente et très vive, sourit l’intéressé·e avec tendresse et fierté. Quand je me maquille en Drag, elle me regarde faire et s’émerveille : « Ouah ! T’es trop belle ! » »
Aussi bienveillante et spontanée « en civil » que sur scène, Edeha – Alma de son vrai nom – rit souvent et de bon cœur, rayonne même sans costume ni perruque. En talons hauts ou en baskets, elle chemine aussi hors des codes de genre, dans lesquels elle est malheureuse. Assignée « homme » à la naissance, elle se définit aujourd’hui comme une personne trans non binaire, et maman d’Elya.
Marraine la bonne fée
Plus jeune, Alma ne se projetait pas forcément dans un futur parental. C’est avec un couple d’amies très proches que la question s’est posée, d’abord en l’air autour d’un verre, puis de plus en plus sérieusement. « Elles rêvaient d’avoir un enfant et voulaient que je sois le père, car on a une relation très forte – on se dit parfois qu’on est « tombées amoureuses » amicalement », raconte Alma.
Comme les futurs parents français ayant recours à une PMA ne peuvent pas choisir leur donneur, « on a fait ça artisanalement avec beaucoup d’amour, au cours d’une soirée arrosée, décrit-elle avec douceur. C’était très beau, il y avait quelque chose de magique, d’un peu rituel. » Pour permettre à la mère sociale d’adopter Elya, Alma ne l’a pas reconnue à la naissance. Mais entre adultes, elles la désignent comme « maman 3 ».
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Elya, elle, a commencé par l’appeler papa. « Et aujourd’hui, c’est « Papa Edeha Noire » ou « papa All Stars » », énumère Alma. Bien qu’elle se genre au féminin, elle n’a pas de problème à ce que sa fille l’appelle ainsi. « Elle avait besoin d’une identification paternelle. On l’a senti lorsqu’elle est rentrée à la crèche, se souvient-elle. Tous les soirs, elle demandait qui était son papa. »
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À cette époque, la petite ne l’avait pas identifiée tel quel, mais plutôt comme son « paparrain », « car au départ, on n’avait pas décidé que je sois autant impliquée dans son éducation et dans sa vie », confie Alma. Dans cette triangulaire parentale, quel rôle alors penser pour elle, comment l’apparenter à Elya ? « On l’a écoutée, simplement. Elle avait besoin de m’avoir proche d’elle, alors on a pris la décision de m’impliquer beaucoup plus. Aujourd’hui, j’ai un peu un rôle de marraine la bonne fée, décrit Alma. Je pense qu’avec le temps, c’est elle qui va choisir comment elle veut m’appeler. »
Mettre des mots
Parce qu’il faut bien des termes pour se désigner dans une famille, il est important pour Alma de mettre des mots sur les différentes formes qu’elle peut prendre. « Ces modèles-là existent déjà et depuis longtemps », rappelle-t-elle en évoquant les cinq genres qui existaient dans les sociétés natives-américaines traditionnelles, ou encore la ball culture où des « mères drag » accueillent dans des houses (groupes pensés comme des familles) les jeunes personnes queer. « Simplement, notre société n’a pas mis de mots dessus. Il y a tout un spectre de schémas familiaux possibles. Souvent, on se sent mal dans des configurations différentes parce que la société les marginalise. »
Alors, Alma témoigne, met des mots sur sa « famille de cœur », un modèle « hors des standards actuels, mais bercé par l’amour ». Si elles sont parfois inquiète pour leur fille, Alma se rassure : « il y a tellement d’amour entre nous qu’elle ne sera jamais seule. Elle baigne dans la bienveillance et peut poser toutes les questions qu’elle veut, on l’écoute toujours. »
Aujourd’hui, Elya et ses deux mamans vivent dans le Sud de la France, et Alma descend les voir toutes les trois semaines. « Dès qu’elle veut me voir, elle m’appelle. On parle régulièrement au téléphone ou en visio… » Et puis, Elya adore qu’Alma lui fasse la lecture. « Quand j’ai fait Drag Race, on m’a envoyé des livres jeunesse autour du drag. Ma fille les a adorés. » Surtout, Elya a aimé Lady Papa d’Émilie Chazerand, dont le héros est un papa drag queen. Faisant écho à sa propre famille, le livre lui apporte encore plus de repères. Il vient réaffirmer que son histoire existe, et qu’elle est une histoire parmi les autres.
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