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Fanny Vella redessine nos liens pour les renforcer

Publié le 25/02/2026
Après avoir travaillé auprès d'enfants porteurs de handicap, Fanny Vella a fait de sa passion pour le dessin son nouveau métier, en gardant le même objectif: être utile aux plus fragiles, en s'en faisant la porte-parole. Avec le tome 2 de Et si on changeait d’angle, l'autrice lyonnaise nous invite à déplacer notre regard d'adulte sur les violences éducatives ordinaires vécues par les enfants au quotidien, avec humour et empathie.

Déjà connue pour ses ouvrages On l’appelait Vermicelle (2021), Coquelicot (2023) ou Pourquoi papi ne fait pas la vaisselle (2024), Fanny Vella se décrit comme « vulgarisatrice de ses propres réflexions » sur la société. Abordant la parentalité, l’enfance et la construction de soi, elle dessine ce qui, selon elle, mérite d’être transformé. Avec Et si on changeait d’angle 2, paru en septembre 2025, cinq ans après le tome 1, elle continue d’explorer toutes ces zones silencieuses où l’enfant cherche à se protéger du monde.

L’enfance de Fanny Vella, elle, se déploie entre Saint-Genis-Laval et Givors, dans cette périphérie lyonnaise bordée d’autoroutes et de collines. « Je dessinais comme tout le monde, mais je n’ai [juste] jamais cessé », confie-t-elle. Un BTS en communication visuelle rassure ses parents ; elle, beaucoup moins. Le graphisme l’épuise. Elle quitte alors l’écran pour le social, auprès d’enfants et d’adultes en situation de handicap. De ces années, elle retient une certitude : elle veut aider son prochain. Un choix qu’elle présente comme fondateur pour la suite de sa vie.

Dessiner pour raconter le monde tel qu’il ne va pas

Pendant son congé maternité, le dessin revient. Cette fois, il ne raconte plus seulement des histoires : il doit révéler les problèmes du monde. « Je voulais que mon travail serve autant que ce que je faisais dans le social » insiste-t-elle. De là émergent les thèmes qui vont définir son œuvre à venir : l’enfance, l’empathie, les violences sexistes et sexuelles.

Elle en parle avec un calme presque déconcertant, notamment lorsqu’elle évoque trois années de relation violente. « J’avais besoin de démêler les choses » révèle-t-elle simplement. De cette nécessité naît Le Seuil en 2020, où l’intime devient lisible et transforme la blessure en outil. « L’art, c’est une plaie offerte » résume Fanny qui n’a de cesse de créer du lien.

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Déplacer notre regard d’adulte sur les injections faites aux enfants

En 2020, elle publie Et si on changeait d’angle, premier volet d’une réflexion sur les rapports de pouvoir entre adultes et enfants. Le livre interroge, sous forme de planches et de courts textes, la manière dont les injonctions et certains silences façonnent les premières perceptions du monde. Son procédé est efficace : elle place des adultes dans des situations que les enfants vivent tous les jours. Les propos tenus à leur encontre se révèlent alors dans leur absurdité et, souvent, toute leur violence. L’ouvrage dérange autant qu’il soulage : parents, enseignants et adolescents y trouvent des mots qu’ils n’avaient pas. Fanny propose un regard qui déplace, avec une empathie dénuée de mièvrerie.

Cinq ans plus tard, Et si on changeait d’angle 2 reprend ce chantier, mais autrement : « Je ne voulais pas faire un doublon. Il restait des choses à dire. » Alors Fanny élargit le spectre : l’enfance dans ses âges multiples, l’éducation qui se complexifie. Elle reprend le dispositif initial, en offrant plus de nuances et davantage d’histoires, avec une maturité qui n’efface rien.

La préface du médecin et écrivain Baptiste Beaulieu entérine son succès, mais Fanny nuance : « Je ne suis experte de rien, sinon de ma propre maternité. ». Ainsi, elle n’entrevoit pas le tome 2 de Et si on changeait d’angle comme une méthode à suivre, mais plutôt comme une collection de mises en situation qui invitent à se remettre en question.

Et si on changeait d'angle, Fanny Vella
Extraits de Et si on changeait d’angle, tomes 1 et 2, de Fanny Vella © Editions Leduc

Une autrice et illustratrice qui signe son engagement

Actuellement, Fanny Vella illustre La petite histoire des luttes sociales, écrit avec la journaliste Elsa Gambin, à paraître en courant 2026. Ce projet résolument politique raconte les combats sociaux en France, des banderoles aux victoires, des luttes féministes au syndicalisme. « On ne sort pas ce livre par hasard, si près des élections présidentielles », glisse la jeune femme qui avec cet ouvrage, affirme plus nettement l’engagement qui sous-tend son travail.

Fanny Vella parle vite quand elle aborde l’utilité, doucement lorsqu’elle évoque la vulnérabilité. Son trait conserve quelque chose de l’enfance : une transparence obstinée, qui cherche à tendre la main à celles et ceux qui veulent comprendre le monde et y tenir un rôle. Si possible, le bon.

Et si on changeait d'angle 2, Fanny Vella
© DR

Et si on changeait d’angle (tome 2), écrit et illustré par Fanny Vella, Éditions Leduc Graphic, 19,90€.

Par Sophie Hocquet

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Portrait Fanny Vella
Fanny Vella par elle-même © F. Vella

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