Quel parent n’a jamais entendu le cri du cœur de son enfant : « T’as pas le droit d’en­trer ! »

Évidem­ment, l’en­fant a droit à l’in­ti­mité, et dispo­ser d’un espace pour lui est néces­saire à son déve­lop­pe­ment. Pour autant, cela ne signi­fie pas qu’il faut lui lais­ser faire tout et n’im­porte quoi dans sa chambre. Si l’en­fant a envie de se construire une cabane, pourquoi empê­cher sa créa­ti­vité ? Mais s’il a tendance à y entas­ser des objets divers et variés, il faut pouvoir lui deman­der d’où ils proviennent.

Entrer dans la chambre d’un enfant ou d’un jeune adoles­cent, c’est parfois mettre un pied en terri­toire inconnu. Mais tout parent doit rester atten­tif à ce que son enfant rapporte à la maison et qu’il peut présen­ter comme étant un prêt, un échange ou un cadeau. Qui lui aura donné un pull, qui lui aura prêté son mp3 ? Ou qui, chez les plus grands, lui aura laissé en dépôt un paquet de ciga­rettes pour cacher à ses propres parents qu’il fume…

Souvent ces petits arran­ge­ments ne prêtent pas à consé­quence. Mais les parents doivent rester vigi­lants. Imagi­nons qu’en nettoyant la cabane, le parent découvre un bijou en or dont il n’a aucune connais­sance. Le premier réflexe est d’in­ter­ro­ger l’en­fant sur l’ori­gine de ce bijou.

S’il répond qu’il l’a trouvé dans la rue, le mieux est de l’ap­por­ter au service de police le plus proche ou au service des objets trou­vés. Remettre un objet de valeur trouvé est un acte citoyen car il peut permettre au proprié­taire de se le réap­pro­prier.

Reste le cas où l’en­fant aura accu­mulé divers objets, plus ou moins cachés à la vue des parents, et où, un beau matin, un service de police vient perqui­si­tion­ner. Dans ce cas, la respon­sa­bi­lité des parents peut être recher­chée car, juri­dique­ment, si l’ori­gine des biens est douteuse, les parents peuvent être consi­dé­rés comme rece­leurs et encou­rir des pour­suites pénales.

Cela sans parler des pour­suites qui pour­raient être enga­gées contre le mineur lui-même, pour vol ou recel. Il pour­rait alors être condamné par le juge des enfants. Lequel pour­rait aussi consi­dé­rer qu’il y a là une carence éduca­tive et ouvrir une procé­dure de protec­tion de l’en­fant.

Une rubrique animée par les avocats inter­ve­nant en droit de l’en­fant du barreau de Lyon.

Par Natha­lie Caron, avocate au barreau de Lyon et prési­dente de la Commis­sion du droit des mineurs du barreau de Lyon.

Illus­tra­tion © Camille Gabert