Le Guide
des sorties et loisirs des familles
dans la métropole de Lyon
Accueil À la maison Parentalité Claire Bourdille : « L’enfantisme est une réponse aux violences faites aux enfants et à leur discrimination »
Share

Claire Bourdille : « L’enfantisme est une réponse aux violences faites aux enfants et à leur discrimination »

Mis à jour le 27/03/2026
Fondatrice du collectif Enfantiste, Claire Bourdille en a tiré le livre « Enfantisme - Il est temps de respecter les enfants », paru en novembre 2025. Dans une perspective historique, elle y interroge le regard des adultes sur les enfants et dresse un état des lieux des violences faites aux enfants dans ce qu’elle nomme un système de domination adultiste. Face à cela, elle invite à devenir « enfantiste » pour changer la relation adulte-enfant et respecter les droits des jeunes. Son livre fera l’objet d’une rencontre à la librairie-café Les Zam Soeurs (Lyon 5e) le 30 avril.

Avec son collectif Enfantiste créé en avril 2022 – et qui depuis a développé des antennes partout en France dont à Lyon et récemment à Bruxelles et en Italie –, Claire Bourdille démocratise le terme encore peu connu d’« enfantisme » et l’impose comme mouvement social et politique.

L’objet de cette lutte qui grandit à vitesse grand V : redonner leur place aux enfants en tant qu’êtres de droits et changer le regard des adultes à leur endroit pour mieux comprendre leurs besoins et respecter leur parole. Dans son premier essai chiffré et sourcé, Claire revient sur l’ampleur des violences faites aux enfants et propose des pistes d’action pour retrouver une hauteur d’enfant et lutter pour leurs droits à leurs côtés.

Vous militez depuis longtemps comme enfantiste. Qu’est-ce qui vous a amené à en faire un livre ?

On entend beaucoup parler de violences envers les enfants, de zones « no kids », mais on ne pense pas beaucoup à comment on stoppe cette dérive. Mon éditrice qui suit le travail du collectif m’a dit : « Il faut absolument que tu poses l’enfantisme dans un livre pour que ce soit entendu plus largement. » Je l’ai suivie et aujourd’hui, énormément de personnes me disent que ça leur a ouvert les yeux sur l’ampleur des violences faites aux enfants. La société se réveille sur ces sujets ; 2025 a été marquée par les affaires Bétharam et Le Scouarnec. 2026 commence juste, et on a déjà l’affaire Epstein, SNCF… On voit que ces violences sont dans tous les milieux de la société.

Enfantisme de Claire Bourdille droits des enfants
Couverture du livre Enfantisme de Claire Bourdille © DR

Dans votre livre, vous rappelez en premier lieu ce qu’est un enfant. Pourquoi est-ce nécessaire ?

Je pense qu’il y a une déconnexion entre adultes et enfants qui n’est pas normale. Nous, adultes, sommes dans une position dominante vis-à-vis d’eux et ne sommes plus dans une hauteur d’enfant qui permet de se connecter à eux pour ce qu’ils sont : des êtres humains en développement, avec différents stades et des besoins spécifiques qui font qu’ils sont dépendants de nous. On ne comprend pas toujours la réaction des enfants ; on a l’impression qu’ils nous testent… C’est important de rappeler qu’à tel âge, l’enfant ne sait pas gérer ses émotions ; il ne fait pas de caprices quand la colère le submerge.

Envie de bons plans en famille à Lyon ? Inscrivez-vous à notre newsletter hebdomadaire.

En adoptant un regard sociologique et historique sur l’éducation des enfants, on voit que le stéréotype de l’enfant-roi capricieux est profondément ancré, comme celui des femmes hystériques. Quand on a interdit les coups de ceinture, on disait déjà qu’on devenait trop laxistes. Il y a beaucoup de stéréotypes sur les enfants hérités d’une éducation qui s’est construite sans les neurosciences. Aujourd’hui, celles-ci permettent de mieux comprendre leur développement. Sauf qu’il faut aller chercher l’info parce qu’en France, on n’a pas d’accompagnement à la parentalité. Pour ma fille, j’ai dû aller lire des livres de neurosciences pour comprendre ce qu’il se passait dans sa tête.

Votre livre dresse un grave état des lieux des violences faites aux enfants, notamment sexuelles, et de la manière dont elles sont traitées par la Justice…

On ne se rend pas compte que protéger un enfant en France, c’est très difficile. La création en janvier d’une commission d’enquête sur le traitement judiciaire des violences sexuelles parentales devrait ouvrir les yeux. Nous avons un problème institutionnel. D’abord, il y a une augmentation des plaintes pour violences sexuelles sur les enfants et la Justice, en crise, est incapable de les prendre en charge.

De plus, dans la justice française, le doute profite à l’accusé. Donc quand un enfant dénonce des violences et ne peut pas apporter de preuves, c’est sa parole contre la sienne. Ainsi, dans le doute, on laisse les enfants en danger. Déjà, on ne cherche pas à recueillir leur parole, mais en plus on ne va pas chercher les preuves. Il y a, en France, sur les violences sexuelles, un déni qui est énorme. Pour en sortir, il faut remettre en question la sphère privée de la famille qui chez nous est intouchable.

Car lorsque la violence est exercée par les parents, on a beaucoup de mal à remettre en cause le lien parental ; on veut le garder à tout prix car la famille est un espace privé donc on n’y touche pas. Des années en arrière, la femme et les enfants appartenaient au père, au mari. La femme a réussi à sortir de cet espace privé là, à prendre sa liberté juridiquement. L’enfant, lui, y est resté : il appartient à ses parents ; personne ne va se mêler de ce qui lui arrive dans cet espace privé. C’est comme ça ensuite que des secrets restent dans le huis clos familial.

no kids
© Angela Ficarelli

Qu’est-ce que le système adultiste que vous pointez dans votre livre ?

L’adultisme est un système d’oppression qui passe par la domination des adultes sur les enfants. Quand on parle des viols et agressions que subissent les femmes, on parle de sexisme parce qu’il y a un système d’oppression qui explique pourquoi il y a autant de femmes victimes. Les enfants sont aussi amplement victimes de violences sexuelles et pour eux, on n’a jamais pensé le système d’oppression qui les permet. Il faut regarder la réalité en face : on a des enfants largement maltraités par les adultes, une augmentation des espaces no kids

L’affaire Bétharam est un bon exemple d’adultisme. Les enfants devant être dressés, les familles les mettent dans des écoles dont elles connaissent l’éducation autoritaire, qui va en faire des enfants obéissants qui s’intégreront dans une certaine société. Finalement, l’autorité, c’était alors des violences éducatives et sexuelles, et la parole des élèves n’était pas écoutée parce qu’ils étaient des enfants et qu’il fallait qu’ils obéissent.

« L’adulte a la responsabilité de réfléchir à sa manière d’être en lien avec les enfants. »

Se rendre compte qu’on vit dans un système adultiste est une réflexion profonde et complexe car c’est quelque chose qu’on n’a jamais conscientisé et qui nous a été inculqué enfant. C’est donc encore plus difficile à déconstruire et je conçois que ça bouscule. Ça peut mettre mal à l’aise parce qu’on n’a pas l’impression d’être opprimant. Mais l’adulte a la responsabilité de prendre du recul sur sa position et de réfléchir à sa manière d’être en lien avec les enfants.

Pour lutter contre ce phénomène, vous appelez à devenir enfantiste.

Être enfantiste est une réponse aux violences faites aux enfants et à leur discrimination. Dans une société dysfonctionnelle et de plus en plus violente et individualiste, c’est aussi un mouvement social et politique qui est essentiel pour recréer du lien, voir l’enfance autrement, se mettre à la hauteur des plus jeunes pour les protéger, respecter leurs besoins, leur dignité et leur intégrité. Et, plus largement, pour avoir une société qui soit non violente.

L’un des moyens pour cela est de retrouver son enfant intérieur. Les adultes ont été des enfants dominés, parfois traumatisés, mais n’ont pas toujours conscience de cette domination. On est parfois dans le déni de ce qu’on a vécu enfant, on n’a pas envie de s’y replonger. Cette déconnexion à l’enfant qu’on a été fait de nous des adultes déconnectés aux autres. L’enfant qu’on a été est le premier à qui on doit redonner de la place et dire : « Je t’entends, je t’écoute ».

Vous précisez qu’il ne s’agit pas de traiter l’enfant comme un adulte…

Oui, c’est important. Dans les années 70, quand les jeunes ont réclamé leur liberté et leurs droits, se sont engouffrés derrière des adultes pédocriminels qui en ont profité pour vouloir légaliser les rapports entre personnes mineures et majeures. Ce n’est pas l’égalité adulte-enfant derrière l’enfantisme, mais l’égalité de respect de droits, de dignité et d’intégrité. Les enfants ont des droits qui ne sont pas les mêmes que ceux des adultes, car ils correspondent à leurs besoins spécifiques, mais qui doivent être respectés à la même hauteur.

Vous invitez à donner les moyens aux enfants de lutter pour leurs droits. En ont-ils la capacité, la maturité ?

Marion Cuerq, spécialiste des sciences de l’enfance, parle de hauteur d’enfant et d’enfant auteur. Si on leur explique les choses avec des mots à leur hauteur, les enfants sont capables d’avoir des avis sur des sujets complexes, de penser leurs droits et leur place dans la société. Nous avons tout à gagner à prendre au sérieux leur parole, car elle n’est pas juste « mignonne » ; les enfants sont des gens sérieux. C’est aussi leur donner de l’empouvoirement. Mais pour ça, il faut leur laisser la place de s’exprimer. Or, jamais on ne les invite à le faire. On ne les voit jamais dans les médias.

Lire aussi sur Grains de Sel : C’est quoi la Convention internationale des droits de l’enfant ?

Dans ce livre, je fais le portrait d’enfants qui militent au sein du collectif Enfantiste. Certains ont cherché à s’exprimer dans des luttes, écologiques notamment, et rapportent ne pas y avoir trouvé leur place. Ils sentaient que leur parole n’était pas prise au sérieux. Dans ce mouvement-là, de ce qu’on m’en a dit, ils sentent que quand ils parlent, ils sont écoutés.

On a fait une manifestation à Paris pour la Journée internationale des droits des enfants. Les prises de parole étaient celles des enfants. De les voir s’exprimer au micro et, pour eux, d’avoir 2 000 personnes derrière eux, c’était un moment puissant qui a beaucoup ému. Vu l’état de la société en ce moment, ça fait du bien.

Pour aller plus loin…

Enfantisme, il est tant de respecter les enfants, aux éditions La Mer salée. Prix : 21 € en format papier, 14 € en format numérique. À commander sur lamersalee.com/les-livres/enfantisme.
Rencontre avec Claire Bourdille jeudi 30 avril 2026 à 19h. Librairie Lez Zam Sœurs, 5 quai Fulchiron, Vieux-Lyon. Inscriptions au 06 52 76 59 79. Prix libre et conscient entre 5 de 12 €

Merci d’avoir lu cet article ! Si vous avez un peu de temps, nous aime­­rions avoir votre avis pour nous aider à nous amélio­­rer. Pour ce faire, vous pouvez répondre anony­­me­­ment à ce ques­­tion­­naire ou nous envoyer un email à [email protected]. Merci beau­­coup !

© Margaux Burlot

Vite ! Une idée de sortie en famille

Poterie, Judo, Arts du Cirque...

Continuer votre lecture
A découvrir également
Plus de publications à afficher
Consent choices