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La vraie vie des enfants instruits en famille

Mis à jour le 30/09/2025
Mal connue, l'instruction en famille souffre de nombreux préjugés qui lui mènent la vie dure : enfant isolé, éducation non-encadrée propice aux dérives, lubie de classes fortunées... Loin de ces clichés à la dent dure, Grains de Sel est allé à la rencontre de familles de la région lyonnaise pour mieux comprendre la vraie vie des enfants instruits hors des murs de l'école.

Anas (7 ans) et Adam (10 ans) sont déçus : la sortie pédagogique prévue ce 18 septembre au CHRD de Lyon est annulée, faute d’animatrice. « Ils avaient vraiment hâte d’y aller… Mais ce n’est que partie remise ! », rebondit Margot, leur maman, toujours pleine d’énergie. C’est elle qui avait organisé la sortie avec un groupe de parents qui pratiquent comme elle l’instruction en famille (IEF).

Car en France, l’instruction est obligatoire de 3 à 16 ans, mais pas l’école. Le Comité des droits de l’enfant le dit : « L’éducation englobe non seulement la scolarisation, mais aussi l’apprentissage informel, familial et communautaire ».

Les parents sont donc libres dans le choix d’instruction de leurs bambins, tant qu’il favorise « l’épanouissement de la personnalité de l’enfant et le développement de ses dons et aptitudes mentales et physiques » et lui inculque « le respect des droits de l’homme et des libertés fondamentales ».

Une liberté pédagogique reconnue par le Conseil constitutionnel. Tous les matins, Anas et Adam ne se préparent donc pas pour partir à l’école ; celle-ci se fait au sein du foyer familial.

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Des sorties et des copains

Mais attention : « Quand on parle d’école à la maison, c’est trompeur, car, entre parents IEF, on organise toujours plein de sorties pour les enfants », rectifie Margot qui court sans cesse après les activités pour ses fils. Le programme est dense : une fois par mois, visite de musées avec ArtZoa ; le lundi, atelier dans un centre d’anglais ; le mardi, activités scientifiques à EbulliScience…

Loin du cliché de l’enfant isolé, l’instruction en famille fédère un réseau de parents très investis qui s’organisent via des groupes WhatsApp et des associations comme LED’A (Les enfants d’abord). En outre, un contrôle réalisé tous les deux ans par la mairie au sein des foyers s’assure que l’enfant est instruit dans de bonnes conditions.

Instruction en famille
© Margaux Burlot

« Le motif de la sociabilisation de l’enfant est un préjugé fréquent, regrette Élisabeth, maman d’un garçon et d’une petite fille en IEF. Mais nos enfants sont tout à fait sociabilisés : en IEF, on se connaît tous, donc ils côtoient des camarades de tous âges et de tous milieux. C’est bien plus riche que d’être enfermés dans une salle avec des enfants mis en compétition et une seule sortie par an. Là, ils sont toujours dans la découverte. »

À l’écoute du rythme de l’enfant

Dans l’IEF, Élisabeth trouve la liberté d’appliquer des pédagogies qu’elle juge adaptées à ses petits, avec des temps ouverts sur la nature et un respect de leur rythme d’apprentissage qu’elle ne retrouve pas dans le système classique.

« Tous les enfants sont différents, rappelle-t-elle. Ma fille a commencé à lire à 3 ans ; mon fils à 5 ans. Forcer quelque chose qui n’est pas prêt, ça ne marche pas. Quand l’enfant est mûr, l’apprentissage se fait plus facilement et avec enthousiasme. C’est ce goût d’apprendre qu’on cultive, et pas sous la menace d’une note. »

À L’Arbresle, Émeline cherchait elle aussi une alternative pour son fils après une mauvaise expérience en école classique. « Il peinait à y trouver sa place, il avait des difficultés avec le grand groupe et des angoisses de séparation, retrace-t-elle. Au bout de neuf mois, on s’est décidés pour l’IEF. Et c’est devenu un choix de vie. »

Pour son fils, Émeline recourt à la pédagogie des apprentissages autonomes qui se base sur l’élan spontané de l’enfant pour apprendre. Le rôle de l’adulte est alors de l’accompagner dans ses questionnements en lui fournissant des outils pour comprendre le monde et des clés pour chercher des réponses par lui-même.

Des familles au profil varié

L’enseignement sur-mesure qu’offre l’instruction en famille s’avère aussi avantageux pour les enfants à besoins particuliers. Pour Sofia, maman d’une petite fille multidys et TDAH, le choix de l’IEF à travers les cours par correspondance d’une école privée ne lui permet pas seulement d’éviter les classes surpeuplées de l’école :

« À la maison, on peut facilement mettre en place des adaptations qui prendraient des mois à être appliquées à l’école où il manque toujours des AESH. Ma fille bénéficie par exemple d’un ordinateur. »

Lire aussi sur Grains de Sel : École inclusive: les moyens de son ambition ?

Pour d’autres familles, c’est une alternative aux écoles hors contrats payantes auxquelles toutes ne peuvent pas accéder. Car l’IEF n’est pas l’apanage des CSP+. Maman solo, Élisabeth s’est formée aux pédagogies Montessori et par la nature pour sa cadette diagnostiquée Haut potentiel, car « les écoles alternatives de type Montessori, c’est des prix exorbitants, je n’ai pas les moyens », confie-t-elle.

Margot, elle, ne travaille pas, « seul mon mari, agent de sécurité, travaille ; je ne cotise pas pour la retraite. » Elle l’admet : de ce point de vue là, l’IEF est un sacrifice financier, lequel repose souvent sur les mères, souvent très investies comme elle.

Des enfants qui apprennent et progressent

En plus des sorties pédagogiques, Margot met en place des temps d’apprentissage plus formels à la maison. « Pour mon grand, j’utilise beaucoup la pédagogie Montessori, qui est géniale pour la progression en maths », décrit celle qui s’y est formée pour mieux accompagner ses enfants.

Elle n’hésite pas aussi à utiliser des jeux, comme Maths et ma Toque – un jeu lyonnais pour apprendre les proportionnalités – ou L’atelier des potions qu’elle a découvert à la Maison des Mathématiques (Lyon 7e). « En général, je regarde dans le programme scolaire les attendus de l’année, et je me demande comment je peux leur amener ça de manière concrète et ludique en les rendant acteurs de leur apprentissage », explique-t-elle.

La progression des enfants instruits en famille est par ailleurs surveillée lors de contrôles pédagogiques annuels réalisés par des conseillers de l’Éducation nationale. Après s’être enquis du projet éducatif des parents, ils doivent apprécier les acquis de l’enfant en phase avec les méthodes pédagogiques de la famille.

Selon les rapports de la Direction générale de l’enseignement scolaire en 2020, ces contrôles sont positifs à plus de 92 % aux premiers examens. Et davantage aux seconds, déclenchés lorsqu’un doute a persisté au premier. Pour Émeline, pas d’embrouille : si un jour ses enfants souhaitent aller à l’école, ils le pourront. Mais elle veut qu’ils aient la liberté de choisir.

Lire la suite de ce dossier sur Grains de Sel :

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© Margaux Burlot

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