Le musée d’Art contem­po­rain vient d’ou­vrir Little Odys­sée, une expo inédite qui s’adresse direc­te­ment aux enfants de 0 à 11 ans. Partant de l’idée qu’un « art pour enfant » n’exis­te­rait pas, il invite les plus jeunes à décou­vrir l’œuvre telle qu’elle est, à travers les sensa­tions qu’elle suscite chez eux. Cette actua­lité a poussé Grains de Sel à partir dans une salle de classe, de musée ou de centre d’art, mais aussi dans des ateliers de pratique artis­tique, pour décou­vrir tout l’éven­tail des façons de faire appré­hen­der l’art aux enfants. 

Toutes nos infos pratiques sont à retrou­ver en fin de dossier.

De l’art dès l’école primaire

Bien regar­der une œuvre d’art… Voilà qui pour­rait s’ap­prendre sur les bancs de l’école. En tout cas, c’est ce que garan­tissent les programmes de l’Édu­ca­tion natio­nale, en inté­grant les arts plas­tiques dans les appren­tis­sages fonda­men­taux. Son site Inter­net l’af­firme : « L’en­sei­gne­ment des arts plas­tiques déve­loppe parti­cu­liè­re­ment le poten­tiel d’in­ven­tion des élèves, au sein de situa­tions ouvertes favo­ri­sant l’au­to­no­mie, l’ini­tia­tive et le recul critique. […] La rencontre avec les œuvres d’art y trouve un espace privi­lé­gié, qui permet aux élèves de s’en­ga­ger dans une approche sensible et curieuse, enri­chis­sant leur poten­tiel d’ex­pres­sion singu­lière et de juge­ment. » Si cet ensei­gne­ment prend la forme d’une sensi­bi­li­sa­tion à l’art en Mater­nelle, il se conso­lide dès l’en­trée en Élémen­taire à travers « l’ap­port de connais­sances et de moyens » qui permet­tront par la suite aux enfants « d’ex­plo­rer une expres­sion person­nelle, de recon­naître la singu­la­rité d’au­trui et d’ac­cé­der à une culture artis­tique parta­gée ».

Qu’en est-il sur le terrain? D’abord, il faut savoir que peu de temps est alloué à la matière puisque les arts plas­tiques entrent, avec la musique, dans les deux heures hebdo­ma­daires d’Éduca­tion artis­tique. Compre­nez que les enfants n’au­ront donc qu’une heure d’arts plas­tiques – on parle plutôt d’art visuel – par semaine.

Qu’en pensent les ensei­gnants ?

Surtout, cet ensei­gne­ment dépend beau­coup du profil de l’ins­ti­tu­teur·­rice et de son goût pour l’art. « On nous laisse une liberté totale en fonc­tion de nos affi­ni­tés avec la matière », confirme Marie Dim, ensei­gnante en CE1-CE2 à Lyon 1er. Dès qu’on a le concours, on est estam­pillé spécia­liste art, anglais, etc. mais il faut plutôt faire en fonc­tion de ce dont on est capable et de ce qu’on a envie d’ap­por­ter aux élèves. »

Archi­tecte de forma­tion et titu­laire d’un master en sciences de l’art, l’ins­ti­tu­trice se sent plus à l’aise dans ce domaine que dans celui de la musique : « J’adore ça ! » Mais la passion ne fait pas tout : l’en­sei­gnante travaille énor­mé­ment ses projets d’art visuel qu’elle s’ef­force de relier à d’autres sujets étudiés en classe. « Je fais tout le temps des liens avec le projet en cours, comme en ce moment la mytho­lo­gie. On voit beau­coup de créa­tions grecques, de vases, de peintres qui ont peint autour de la mytho­lo­gie, afin que les élèves en tirent un béné­fice pour comprendre ensuite les textes qu’ils liront et nour­rir leurs récits en rédac­tion. » Et déjà, Marie Dim leur fait analy­ser des œuvres : « On est dans l’his­toire de l’art pure! À eux de travailler l’ob­ser­va­tion visuelle, la critique, d’avoir un rapport distan­cié à l’égard de l’œuvre d’art. » Un esprit critique qui se crée à tout âge.

Une approche artis­tique diffé­rente pour chaque enfant

Ainsi, récem­ment, lorsqu’elle a présenté à ses élèves le tableau d’Ingres, Oedipe expliquant l’énigme au sphinx, l’ins­ti­tu­trice a constaté que tous n’en avaient pas la même lecture : « Certains enfants, qui avaient déjà cette culture artis­tique, n’étaient pas choqués par le nu et d’autres l’étaient tota­le­ment et n’osaient même pas regar­der la toile! C’est inté­res­sant de voir comment les uns apportent leur vécu et leurs connais­sances aux autres, en se confron­tant à une culture commune. »

Au-delà de ce travail en classe qui s’ac­com­pagne d’une pratique artis­tique, Marie Dim emmène régu­liè­re­ment ses élèves à la BF15, centre d’art contem­po­rain, situé à moins d’un kilo­mètre à pied de l’école. « On leur montre souvent la culture artis­tique à travers les grands peintres et les grands musées, mais c’est bien de leur montrer que l’art existe encore et vit autour de nous », remarque l’en­sei­gnante qui, dans ce projet mené main dans la main avec la BF15, voit le béné­fice qu’en retirent ses élèves: « enri­chir un réper­toire de voca­bu­laire asso­cié à des notions artis­tiques, mais suscep­tible d’être utilisé dans un autre contexte. » Elle les regarde aussi sous un autre jour: « Ils expriment des choses qu’ils n’ex­pri­me­raient pas dans les matières plus scolaires dans le sens strict du terme. Comme en sport, ils ne mettent pas alors en jeu des compé­tences scolaires, mais des compé­tences sociales. »

Visites en famille au musée : comment choi­sir les œuvres ?

Si l’école permet, selon l’en­ga­ge­ment des ensei­gnants, une approche de l’art, les parents dési­reux d’al­ler plus loin avec leurs petits, peuvent aussi pous­ser la porte des musées.

Du musée des Beaux-Arts au musée d’Art contem­po­rain à Lyon, en passant par l’IAC de Villeur­banne, tous proposent aujourd’­hui, par l’in­ter­mé­diaire de leurs services cultu­rels, des visites guidées adap­tées aux familles ainsi que des ateliers de pratique artis­tique en lien avec les expo­si­tions. Des visites au parcours orienté, dans le sens où il privi­lé­gie certaines œuvres.

On le sait moins, mais les centres d’art aussi offrent cette possi­bi­lité, à l’ins­tar de la Fonda­tion Bullu­kian, en écho à ses expo­si­tions. Dessin, pein­ture, céra­mique… La diver­sité des tech­niques abor­dées suscite toujours l’in­té­rêt, en faisant souvent « appel à l’émo­tion et à la poésie », comme le souligne Fanny Robin, direc­trice de la Fonda­tion. « Dans un premier temps, on présente aux enfants le centre d’art, explique Pauline Roset, char­gée des acti­vi­tés péda­go­giques. Puis on fait une visite d’une demi-heure en suivant un parcours adapté : on met le focus sur certaines œuvres, pour obser­ver les couleurs, les formes, les types d’ins­tal­la­tions, les tech­niques et le propos en lien avec la démarche artis­tique. »

Ces visites, qui sont suivies d’un atelier, sont program­mées le dernier samedi matin du mois et pendant les vacances scolaires, et visent des groupes de cinq enfants âgés d’au moins 6 ans. « Le samedi matin est ouvert à tous, mais c’est un moment plus tranquille que l’après-midi ; les enfants sont privi­lé­giés, car ils ont presque tout l’es­pace pour eux, sans être distraits par le public », précise Fanny Robin. La dimen­sion à taille humaine des lieux favo­rise une première approche de l’art, « dans une ambiance fami­liale et convi­viale ».

Des acti­vi­tés ludiques au musée des Beaux-Arts

Pour faire obser­ver l’art aux enfants, Natha­lie Schwab mise, elle, sur le jeu. Depuis l’an dernier, cette profes­seure d’his­toire de l’art orga­nise une fois par mois les visites Artzoa, péda­go­giques et ludiques, notam­ment au musée des Beaux-Arts. Son objec­tif : initier les enfants aux grands courants artis­tiques, de l’An­tiquité au street art, en passant par la Renais­sance ou l’ex­pres­sion­nisme. Pour cette passion­née, tout est acces­sible aux enfants dès lors qu’on les fait parti­ci­per.

Artzoa propose des visites péda­go­giques et ludiques, notam­ment au musée des
Beaux-Arts © Marie Landoin

Elle arrive donc les bras char­gés de maté­riel qu’elle va leur présen­ter au fur et à mesure de la visite. Et parce que « l’art est toujours lié à l’His­toire », elle commence par plan­ter le décor histo­rique de la période artis­tique abor­dée. Pour le courant baroque, par exemple, un art très porté sur la reli­gion, elle n’a pas peur d’ex­pliquer simple­ment mais effi­ca­ce­ment à des enfants âgés de 5 à 10 ans, l’op­po­si­tion entre catho­li­cisme et protes­tan­tisme, le Pape et Luther, réforme et contre-réforme, en s’ap­puyant sur une frise chro­no­lo­gique et une carte de l’Eu­rope. Et ça marche ! Les enfants scrutent les docu­ments, se réjouissent de recon­naître certains person­nages célèbres comme Louis XIV, et posent des ques­tions. Puis, Natha­lie les lance dans une sorte de jeu de piste artis­tique.

« Même dans un musée, les enfants ont besoin de bouger! »

Elle leur demande de plon­ger chacun leur tour la main dans un sac de toile et de devi­ner l’objet qu’ils saisissent en expri­mant ce qu’ils en perçoivent au toucher. « Ça a des pages, c’est dur, on dirait un livre », détaille un petit garçon, les yeux fermés pour mieux se concen­trer. « C’est mou, c’est visqueux, c’est un serpent! » s’ex­clame son voisin, en extir­pant en effet un jouet en plas­tique. Suivront un morceau de tissu rouge et une guir­lande d’étoiles dorées. Le jeu consiste alors à trou­ver, dans la salle, le tableau sur lequel les objets sortis du sac sont repré­sen­tés. Les enfants détalent, en dépit des « Ne cours pas » lancés par leurs parents. Natha­lie, elle, sourit : « Même dans un musée, les enfants ont besoin de bouger! »

Des nouvelles connais­sances pour petits et grands

Une fois le tableau trouvé, un immense Rubens, elle les invite à s’as­seoir devant et leur distri­bue un livre et des jeux. En les ques­tion­nant, elle les pousse à obser­ver la toile en détail et à décrire ce qu’ils voient. Puis, sous les yeux mi-médu­sés, mi-amusés du gardien, elle leur fait mimer les poses extra­va­gantes des person­nages. L’air de rien, la profes­seure d’his­toire de l’art leur trans­met les carac­té­ris­tiques de la pein­ture baroque : une certaine confu­sion dans les scènes repré­sen­tées, des poses exagé­rées, mais aussi la tech­nique du clair-obscur. L’une des mamans est fan : « Expliquer l’art de façon ludique, c’est top ! Moi, j’adore l’art, mais je ne suis pas péda­gogue et je ne saurais pas l’ex­pliquer à ma fille. » La maman d’un petit garçon souffle en souriant : « Et puis, moi-même, à chaque visite, j’ap­prends des choses. »

De l’art contem­po­rain à hauteur d’en­fant

Engran­ger des connais­sances c’est bien, mais ce n’est pas tout. Obser­ver une œuvre d’art peut aussi conduire à plon­ger au fond de soi pour iden­ti­fier ses émotions et les expri­mer. Comme le souligne l’en­sei­gnante Marie Dim, « il y a un rapport à l’in­time dans le fait de leur faire expri­mer leurs réac­tions face à l’œuvre. » Cette explo­ra­tion intime est l’objet de Little Odys­sée, nouvelle expo du Mac de Lyon, co-construite avec six étudiants du master Patri­moines et musées, option Média­tions cultu­relles et numé­rique, de l’Uni­ver­sité Lyon 3, et qui fait le pari de s’adres­ser direc­te­ment aux enfants de 0 à 11 ans.

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Vue de l’expo Little Odys­sée, au MacLyon. Œuvres de John Armle­der, Larry Bell – Collec­tion du MacLyon © Blaise Adion – ADAGP, Paris 2022

L’ex­pé­rience sensible est ainsi privi­lé­giée, tout au long du parcours qui suit l’en­fant, d’abord bébé, puis gran­dis­sant à l’in­té­rieur de sa maison avant d’ap­pré­hen­der le monde exté­rieur, notam­ment à travers des paysages. Ce scéna­rio d’une expo qui gran­dit avec l’en­fant a décidé du choix de 14 œuvres à présen­ter parmi les 1500 que compte la collec­tion du Mac. « Il était très clair qu’on n’al­lait pas propo­ser un art pour les enfants, de même qu’on n’al­lait pas faire un parc d’at­trac­tions, indique Françoise Lonar­doni, respon­sable du service cultu­rel du musée, qui a chapeauté le projet Little Odys­sée. Nous sommes un musée et notre mission est de valo­ri­ser la rencontre avec l’œuvre telle qu’elle est. On veut abor­der l’œuvre comme une occa­sion d’ex­pé­rience pour l’en­fant. » Françoise Lonar­doni insiste énor­mé­ment sur l’im­por­tance du regard de l’en­fant sur l’œuvre : « Quand l’en­fant regarde vrai­ment, accom­pa­gné par le parent, il ne fait pas rien! Il gagne en acuité visuelle et en atten­tion. » Et cela, dès le plus jeune âge, avant même de savoir parler et marcher, quand il est porté dans les bras de son parent : « C’est de l’ordre de l’ex­pé­rience intime. On dit simple­ment : regarde le rose qui est à côté du rouge, regarde la pein­ture qui a coulé. Ça sert du voca­bu­laire qui va créer la sensa­tion et la carac­té­ri­ser dans l’es­prit de l’en­fant.

C’est une expé­rience fonda­trice pour l’ac­qui­si­tion du langage parce que c’est asso­cié à un plai­sir, exac­te­ment comme lorsqu’on lit un livre d’images à son petit. » Pour choi­sir les œuvres et penser le parcours de visite, les étudiants ont toujours eu les enfants en tête, n’hé­si­tant pas à faire appel à leurs propres souve­nirs d’en­fance. Louise Besson, notam­ment : « Qu’est-ce que nous, enfants, on aimait ou détes­tait dans un musée? Est-ce que cette œuvre m’au­rait fait peur, est-ce qu’elle m’au­rait fasci­née? » Des œuvres que les étudiants ont voulu instal­ler à la portée des enfants : « Là, ce sont les adultes qui doivent s’adap­ter! » sourit Louise. Même logique pour les cartels présen­tant les œuvres et accro­chés à la hauteur de leur regard. C’est d’au­tant plus impor­tant qu’ils s’adressent direc­te­ment à eux, sous forme de ques­tions, comme le ferait un média­teur. « L’idée est de ques­tion­ner et non de dire, souligne Françoise Lonar­doni. Quand on vous ques­tionne, vous êtes beau­coup plus atten­tif! » De l’im­por­tance de bien regar­der encore et toujours. 

En ateliers, place à la pratique

À l’école ou au musée, obser­ver l’art peut conduire à le pratiquer en atelier. À la Fonda­tion Bullu­kian, c’est inhé­rent aux visites propo­sées aux enfants: dans un espace dédié, ils s’ini­tient à une tech­nique utili­sée par l’ar­tiste dont ils ont vu l’ex­po­si­tion. « On les accom­pagne vrai­ment, insiste Pauline Roset. On leur explique la démarche de l’ar­tiste à travers des exemples, puis on leur donne les maté­riaux néces­saires et ils se lancent! » Actuel­le­ment, ils explorent les notions de paysage et de rêve, par le dessin et la pein­ture, en écho à l’expo Oniric Land­scapes. « Ils repartent ensuite avec un objet qu’ils ont réalisé eux-mêmes, mais aussi des “bagages” car ils ont appris des choses », avance Pauline. Pour Fanny Robin, la direc­trice, ces ateliers sont « des espaces de liberté qui font du bien aux enfants, des paren­thèses pendant lesquelles ils font enfin ce qu’ils veulent. On les guide, mais sans cher­cher à les mettre dans des cases! »

Atelier Bullu’Kids © Fonda­tion Bullu­kian

Un véri­table éveil artis­tique pour les enfants

Un espace de liber­té… cadré. C’est comme cela que Pascale Joan­nard envi­sage les ateliers d’arts plas­tiques qu’elle anime depuis bien­tôt vingt ans aux Lézards buis­son­niers, en bas des Pentes. Dans le cadre d’un programme fixé en début de mois, chaque atelier tourne autour d’un thème (la joie chez Picasso, les monstres d’après Di Rosa…) ou d’une tech­nique (dessin avec du fil…). « Pour moi, si on n’a pas de cadre, on fait la même chose qu’à la maison, estime Pascale, dans son tablier taché de pein­ture. Mais à l’in­té­rieur de la contrainte du thème, on est complè­te­ment libre. » Elle commence toujours par montrer aux enfants des images qui servent de « moteur et d’en­vie. » Images qu’elle se réjouit de ne pas retrou­ver ensuite dans leurs produc­tions : « Ils arrivent à trou­ver quelque chose qu’ils n’ont pas cher­ché, un peu comme les scien­ti­fiques. Parfois, ils sont éton­nés ou mécon­tents du résul­tat, et ce sont les autres qui leur disent que c’est génial.

Ils se rendent alors compte qu’on ne regarde pas les choses tous de la même manière. » Une réalité qu’elle leur fait appro­fon­dir régu­liè­re­ment par du dessin d’ob­ser­va­tion : « On essaie d’ob­ser­ver sans préju­gés, en essayant d’être le plus honnête possible. Mais même comme ça, c’est rare qu’on ait tous le même dessin à la fin! » Surtout chez les plus petits, « car ils ne dessinent que ce qu’ils savent, pas ce qu’ils voient. » Diplô­mée en histoire de l’art, Pascale Joan­nard invite parfois des artistes contem­po­rains à expo­ser. Ce qui rend possible la rencontre avec les enfants. À une petite fille qui ne parve­nait pas à « se lâcher », l’ar­tiste lyon­naise Chris­tine Crozat a glissé ces mots à l’al­lure de formule magique : « Il ne faut pas attendre que le génie arrive. La main trouve des chemins qui ne passent pas par l’in­tel­lect : fais-lui confiance. Quand tu ne sais pas, tu fais! »

Ici, les inter­ve­nants sont tous issus de l’école des Beaux-Arts

C’est préci­sé­ment sur cette connexion entre l’ar­tiste et l’en­fant que repose le concept des ateliers de pratiques amateurs de l’École natio­nale des Beaux-Arts. Comme l’ex­plique Bruno Yvon­net, leur direc­teur, lui-même artiste et ancien profes­seur à l’ENSBA : « Tous les gens qui inter­viennent chez nous sont issus des Beaux-Arts et sont des artistes en acti­vité. Ils sont plus artistes que profs, je ne leur demande aucune expé­rience péda­go­gique! » C’est Pauline Fleu­ret, actuel­le­ment en rési­dence à Facta­tory de la gale­rie d’art contem­po­rain Tator (Lyon 7e ), qui donne les cours pour enfants à partir de 7 ans. Chaque profes­seur arrive avec son univers, qui colore son ensei­gne­ment. « Si demain j’en­gage un artiste porté sur la perfor­mance, il est possible que son action vers les enfants soit tour­née vers une gestuelle artis­tique, » prévient Bruno Yvon­net. Ce qui compte pour lui, c’est « la conta­mi­na­tion » de l’en­fant par l’ar­tiste. « Ça change tout de rece­voir les cours d’un artiste! » lance-t-il en ajou­tant qu’il est aussi impor­tant de montrer aux enfants que « ce sont des gens normaux qui n’ont pas forcé­ment des plumes dans les cheveux… ou que s’ils en ont, ce n’est pas grave! »

Comme un retour en enfance

La connexion vaut en retour pour les artistes, car « beau­coup ont ce souci plus ou moins avoué de vouloir retrou­ver quelque chose de leur dessin d’en­fant. » Dans ces ateliers, les enfants apprennent à dessi­ner: « C’est la base, le dessin d’ob­ser­va­tion : regar­der et trans­mettre à sa main pour dessi­ner. Mais on leur parle aussi de couleur. Et on leur montre des images en perma­nence, les cours sont très docu­men­tés. » Comme Pascale Joan­nard, Bruno Yvon­net l’a constaté : à 9–10 ans, les enfants s’ar­rêtent de dessi­ner, ou alors « pratiquent un autre type de dessin pour copier leurs héros de BD ou de manga. » Pour l’ex­pliquer, l’ar­tiste fait réfé­rence à Claude Lévi-Strauss qui, dans La Pensée sauvage, oppose l’homme néoli­thique, brico­leur, à l’homme moderne, concep­teur. « Le brico­leur compose avec ce qu’il a autour de lui, puis fabrique quelque chose; le concep­teur réflé­chit à ce dont il a besoin pour faire quelque chose et va le cher­cher. Ce carac­tère brut de “J’uti­lise ce que j’ai autour de moi”, ça va avec l’en­fance. En gran­dis­sant, c’est comme si on passait d’une époque à une autre. »

Des ateliers créa­tifs parta­gés entre enfants et parents

Une idée qui fait écho chez la psycho­logue clini­cienne Anaïs Candel, qui promeut la liberté de jeu et d’ex­pé­ri­men­ta­tion des enfants dans sa struc­ture Tataya. Quand elle les accueille en consul­ta­tion théra­peu­tique ou pour un atelier de pratiques senso­rielles, elle note que « contrai­re­ment à l’adulte qui a besoin de savoir à l’avance ce qu’il va faire et ce dont il a besoin pour le faire, l’en­fant va utili­ser ce qu’il a autour de lui. Une fois sa créa­tion réali­sée, l’en­fant va lui donner un nom, et il ressen­tira un senti­ment de fierté, d’ac­com­plis­se­ment, et il se sentira gran­dir. » La jeune femme insiste donc pour qu’en atelier, les adultes parti­cipent à égalité avec leurs petits afin de pouvoir se recon­nec­ter à « leur enfant inté­rieur ». Elle leur conseille de « profi­ter plei­ne­ment de ce moment partagé », car « il est impor­tant pour l’en­fant, de voir son parent prendre aussi du plai­sir à côté de lui. » 

L’art permet­trait donc tout cela? Pour l’adulte, retrou­ver son enfant inté­rieur. Pour l’en­fant, ressen­tir et expri­mer ses émotions, engran­ger des connais­sances, déve­lop­per son esprit critique, s’ac­com­plir et gran­dir. Et pour les deux, prendre du plai­sir. Alors, courons au musée ou dessi­nons… dare d’art.

Infos pratiques

• Gale­rie BF15, 11 quai de la Pêche­rie, Lyon 1er. Tél. 04 78 28 66 63. Ouvert du mercredi au samedi de 14h à 19h. labf15.org 

• Fonda­tion Bullu­kian, 26 place Belle­cour, Lyon 2e . Tél. 04 72 52 93 34. Ateliers Bullu’Kids, le dernier samedi du mois et pendant les vacances scolaires. Tarif : 5 €. bullu­kian.com

• Visites Artzoa : Histoire de l’art en famille, de 0 à 103 ans, un dimanche/mois : 10 €/enfant et 8 €/adulte. S’amu­ser au musée, de 5 à 10 ans, un mercredi/mois : 15 €/enfant + billet d’en­trée pour le parent. Durée : 1h30. Visites possibles en anglais. Prochaines dates sur artzoa.fr 

• Les Lézards buis­son­niers, 22 rue de l’An­non­ciade, Lyon 1er. Tél. 06 18 31 54 44. Ateliers dès 4 ans mercredi 10h-12 h et 14h30–16 h30; mardi et vendredi 17h-19 h. Atelier illus­tra­tion dès 8 ans jeudi 17h-19 h. Tarifs : 12 € l’ate­lier décou­verte, 99 € le trimestre, 286 € l’an­née (avec un stage gratuit). lezards-buis­son­niers.fr

• Pratiques amateurs de l’École natio­nale des Beaux-Arts, aux Subsis­tances, Lyon 1er (et à Perrache dès septembre). Le mercredi : 14h-15 h30 ou 15h30–17 h pour les 7–10 ans; 17h-18h30 pour les 10–14 ans. Tarif : 174 €/an. amateurs.ensba-lyon.fr

• Espace Tataya, 44 cours Aris­tide-Briand, Caluire-et-Cuire. Tél. 07 73 11 57 40. Ateliers : 18 €/pers. Plusieurs formules possibles. tataya.fr

Article rédigé par Clarisse Bioud • Photo d’ou­ver­ture : © Susie Waroude